Archives mensuelles : mai 2013

Arrestations arbitraires

Après la lecture de cet article du point, « Des opposants au mariage pour tous interpellés pour convenance personnelle du chef de l’État ? », j’ai envie de rappeler les dispositions légales qui permettent aux forces de l’ordre d’interpeller une personne et de restreindre sa liberté d’aller et venir.

Le principe de base est donc celui de la liberté d’aller et venir qui est inscrit dans différents traités internationaux, dans la constitution, et dans la loi ( dans l’ordre de la hiérarchie des normes) par exemple:

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Dans l’intimité d’un « poste de police »

Dans chaque commissariat il y a un « Poste » qui selon les sites a un périmètre variable, mais qui présente quand même un socle commun dans tous les services. Ce petit royaume, aux allures de cour des miracles, est administré par le Chef de poste, personnage important s’il en est puisque le règlement intérieur de la police nationale lui consacre plusieurs articles (voir à la fin du billet.)

Le poste comprend à minima: les cellules de garde à vue, chambres de sûreté, local de fouille, local avocat (quand il existe), local médecin (quand il existe), WC/douches des GAV, locaux de remise des armes individuelles et collectives, de stockage des plats cuisinés pour la GAV, l’éthylomètre et enfin le bureau du chef de poste qui à défaut d’être indépendant, contient parfois tout le bazar précédemment cité. A ce périmètre s’ajoute dans certains commissariat l’accueil du public.

C’est dans cet univers très particulier que je vous invite aujourd’hui parce que l’on ne sait jamais, n’importe qui peut, un jour, être conduit au poste ou bien, pour une minorité d’élus, en devenir le chef…

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Du respect de la loi

Le Conseil Constitutionnel a tranché et la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe va être promulguée par le Président de la République. Quelque soit l’opinion que nous ayons sur ce texte nous devons prendre maintenant la mesure de la légalité de ces unions.

Ceux qui ont milité contre ce texte perçoivent peut-être plus justement, avec le garde des Sceaux, qu’un changement de civilisation s’opère et qu’il faut désormais l’accueillir comme une réalité objective. Ceux qui dans ce combat portaient réellement le désir de la défense du plus fragile devront continuer à porter ce combat, avec tous ceux qui souffrent et en premier lieu les personnes homosexuelles. De même que la loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse n’a pas supprimé la souffrance des femmes qui y ont recours, de même l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe ne supprimera pas la souffrance de ceux qui se découvrent homosexuels.

Je peux continuer à manifester, pacifiquement, mon attachement aux valeurs que je défends, mais si je combats la loi, je suis un délinquant.

Être respectueux de la loi, d’une loi que je ne voulais pas, mais qui a été promulguée à l’issue d’un processus démocratique, ce n’est pas renoncer à mes opinions mais me soumettre au droit, dans l’obéissance.

Il me faut reconnaître que ce que je n’aime pas dans cette loi c’est qu’elle m’atteint moi, dans mes valeurs. Je ne suis pas la société civile, je suis juste moi, c’est moi qui suis blessé par cette loi, pas le monde. Si je prends conscience que je porte en moi cette blessure, je peux continuer à être moi et continuer à défendre mes valeurs. Mais si je combats cette loi je renonce alors à ce que je suis et à ce que je crois.

Chers lecteurs, si vous êtes homosexuels où si vous en connaissez, dites-leur: ce n’est pas vous que j’ai combattu, c’est cette loi. Aujourd’hui elle est promulguée et je défendrai cette loi, comme toutes les lois de la République et ainsi ce n’est pas moi que je combats, mais vous que je protège.

Lutter contre l’économie souterraine

Comme promis dans mon précédent billet, je vais vous parler d’une solution simple pour faire reculer l’économie souterraine. Ceux qui auront lu mon billet sur les politiques de sécurité intérieure se demanderont peut-être si je ne me contredis pas puisque dans l’un je pointais l’incapacité des politiques publiques à faire échec à la délinquance et dans l’autre j’affirme qu’il existe une solution simple pour la faire reculer. En fait il n’y a pas d’incohérence puisque l’énoncé exact de mon précédent billet était:

« Il existe pourtant une solution simple, mais demandant un vrai courage politique« 

Vous déduirez de vous même que l’auteur pense qu’il n’y a pas de résultat des politiques de sécurité intérieure, en terme de recul de la délinquance, parce qu’il n’y a pas de vrai courage politique.

Examinons donc sans tarder la solution et nous nous pencherons ensuite sur la question du courage politique qu’elle nécessite.

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Les nouveaux barbares

La belle fête du PSG gâchée par des scènes de violences et de pillages, les journalistes se délectent de ces images fortes et des réactions politiques indignées, accusatrices, défensives… A chaque fois la France redécouvre, comme si c’était la première fois, le visage de ces nouveaux barbares qui sortent de leur zone, franchissent les limites territoriales où l’on voudrait bien qu’ils restent, pour fondre sur les paisibles et huppés quartiers de nos belles villes. Bus attaqués, vitrines brisées, boutiques pillées, voitures brûlées, personnes agressées, dévalisées, dévastées, l’apocalypse se déchaîne et s’invite chez vous par tous les médias connectés qui diffusent en boucle l’insoutenable réalité, jusqu’à l’écœurement.

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Flic ou voyou?

Ce soir en remontant ma time line sur twitter, je tombais sur ce tweet de maître Eolas:

Le lien de Me Eolas fait démarrer la vidéo à 8m9s mais je vous conseille de la regarder en entier, car il y a dans cette vidéo des éléments très choquants qui caractérisent des actes de délinquance dont certains sont commis par des policiers, mais moi ce n’est pas la même scène qu’Eolas qui me choque.

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Des politiques de sécurité intérieure

Lundi 13 mai, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, dressera en compagnie du ministre de la justice, Christiane Taubira, un premier bilan des zones de sécurité prioritaires.

C’est un fait, chaque ministre veut marquer de son empreinte son passage gouvernemental par une politique énergique et volontariste et son cabinet œuvrera à trouver les éléments de langage qui justifient, par rapport aux politiques précédemment mises en œuvre, toute la pertinence de celle-ci. Le drame du politique c’est qu’il a besoin d’un « retour sur investissement » rapide. L’œuvre politique doit donner des fruits à court terme. Dans le domaine de la sécurité intérieure, les acteurs de terrain vous le diront, les politiques de sécurité se succèdent et se ressemblent, au moins dans leurs intentions: faire baisser la délinquance.

« Je veux des résultats : sur les violences contre les personnes, contre les femmes, sur les cambriolages, sur les trafics de drogue, sur les règlements de compte, sur la cybercriminalité. Des résultats : voilà le cap ! » (M.VALLS, conférence de presse du 18 janvier 2013)

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De la violence

Le policier est le premier témoin de la violence dans la société, témoin mais aussi acteur puisqu’il est investit d’un pouvoir coercitif qui caractérise une violence légitime de l’état de droit, telle que théorisée par Max Weber au début du XXe siècle. Cette violence légitime est un monopole d’état utilisé aux seules fins de la justice, du rétablissement de l’ordre public et en cas de guerre. Cette violence légitime se traduit notamment par la réduction des libertés individuelles.

Tout usage de la violence légitime de l’état qui ne poursuivrait pas l’œuvre de justice ou la paix publique dans l’intérêt du peuple conduirait l’état dans une forme de gouvernance autoritaire ou despotique.

Cette vision s’était forgée depuis la révolution française qui inscrivit dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 l’article XII: « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

Depuis que je suis policier je n’ai jamais cessé d’entendre, dans les médias, dans les discours politiques ou encore dans les murmures de la société civile, qu’il faudrait bien faire quelque chose contre cette violence qui ne cesse de croître et qui gangrène notre société.

Alors quoi? Se demande le peuple, l’état est dépositaire et maître d’œuvre d’une violence légitime et il ne s’en sert pas contre ceux qui usent d’une violence qui elle n’est pas légitime?

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Police secours

Pour débuter ce blog j’ai envie de vous emmener plonger au cœur de la sécurité publique dans sa mission fondamentale : « Police secours »

Quelques préambules pour commencer et après c’est promis on embarque avec la patrouille. La mission de police secours est intimement liée au centre d’information et de commandement (C.I.C) qui est le cœur du dispositif policier. C’est là dans ce saint des saints qu’aboutissent les appels d’urgence qui sont passés sur le numéro d’urgence 17 (numéro que l’on peut composer même sans carte sim dans un téléphone mobile).

Le 17 est partagé entre la police nationale et la gendarmerie nationale, chacune des forces à son centre de commandement (C.I.C pour la police C.O.G pour la gendarmerie) dans chaque département. La police nationale est urbaine elle est compétente dans les villes de plus de 20 000 habitants, la gendarmerie sur le reste du territoire.
C’est le boulot des opérateurs téléphoniques d’acheminer l’appel d’urgence vers le bon centre et, en général, ils le font bien, quand ils ont les bonnes cartes de compétence territoriales.

La brigade prend son service à 05h00 jusqu’à 13h00 puis elle est relevée par une autre brigade qui travaillera de 13h00 à 21h00, elle sera à son tour relevée par la brigade de nuit de 21h00 à 05h00 et ainsi la police assure une présence constante jour et nuit, week-end et fériés inclus. Les brigades de jour travaillent 4 jours d’affilés (2 matins et 2 après-midi) puis ont 2 jours de repos ; les brigades de nuits travaillent en général 3 nuits puis ont 3 nuits de repos.

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Un sujet d’actualité: la prison

On parle souvent de détention dans les médias, particulièrement ces derniers temps, soit pour en évoquer les conditions (surpopulation, insalubrité, manque de personnels) soit les évasions (R. Faïd) et encore aujourd’hui je voyais passer un graphique montrant que la durée moyenne de la détention avait augmenté depuis 2008.

Dans la suite de mon billet d’hier ou je parlais de la justice, du pardon et de la paix, je déplore que la prison ne soit dans son acceptation principale qu’un lieu d’exclusion de la société. La prison française est déplorable et elle le restera tant qu’en France nous continuerons de réduire les personnes à leurs actes (voir DSK, Cahuzac, Guéant etc) En France dès qu’une personne franchit la ligne rouge l’hallali des bien-pensants retentit comme ceux d’une vierge effarouchée. La sentence est irrévocable et elle conduit au ban de la société.

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