Archives mensuelles : janvier 2015

Tariq Ramadan: je suis Zola et Dreyfus

Tariq Ramadan « J’accuse… et je prends date »

C’est la bonne blague du jour, Tariq Ramadan la joue Zola et se prend pour Dreyfus : il est la victime et le défenseur, posture qui lui sied si bien et lui permet de vendre ses bouquins.

Il s’agite Tariq, lui qui court les plateaux télés et les studios de radios, il s’agite contre les médias, les politiques et les intellectuels français qui l’accusent injustement et inlassablement de tenir un « double discours » alors que lui ne cherche qu’à « montrer, théoriquement autant que pratiquement, que l’on peut être tout à la fois pleinement musulman et occidental et que, au-delà de nos différences apparentes, nous partageons beaucoup de valeurs à partir desquelles le «vivre ensemble» est possible dans nos sociétés pluralistes, multiculturelles, et où coexistent plusieurs religions. »

Tariq c’est l’héritage des lumières au cœur même de l’Islam et il se désole que les journalistes, les politiques et les intellectuels français ne le reconnaissent pas.

En fait Tariq Ramadan c’est la parfaite illustration d’un Islam politique fondé sur « al-wassatiyyah » à la sauce Qaradawi, ce n’est pas un Islam progressiste mais traditionnel qui prétend être réformiste parce qu’il autorise une « contextualisation » de la lecture coranique (par les savants accrédités de la wassatiyyah).

Contextualisation n’est pas réforme, et l’effort que Tariq Ramadan déploie pour le faire croire est le principe même de la Taqiya. Ce pseudo Ijtihad n’est ni moderniste ni réformateur, il ne vise qu’à endormir l’occident en faisant miroiter un possible amendement des « hudud » qui rendrait la charia plus spirituelle et moins juridique et donc plus acceptable par la pensée occidentale.

Toutefois l’amendement de la charia ne semble pas éclore dans l’esprit éclairé des savants de l’Islam ce qui ne fait qu’accroître la vacuité du discours de Tariq Ramadan.

En fait la seule chose qui mérite notre indignation à l’égard des médias, des politiques et des intellectuels français c’est qu’ils invitent et discutent avec Tariq Ramadan

Islam : la réforme est dans l’impasse du dogme

Que ce soit du côté juif ou chrétien, il y avait jusqu’au jusqu’au XVIIe siècle, grosso-modo, une certitude quant à l’authenticité de l’origine mosaïque du Pentateuque (les 5 premiers livres de la Bible chrétienne qui constituent également la Torah juive). Cela conférait au texte une dignité et un caractère irréprochable sur le plan historique et sur la dimension anthropocentrique de l’univers (cf. Galilée)

L’exégèse historico-critique a permis de mettre en évidence l’origine anachronique de ces cinq livres par rapport aux autres livres de la tradition hébraïque (livres historiques, livres poétiques et livres prophétiques) et leur rédaction tardive. Ce travail a eu pour effet de resituer la portée du texte : un ouvrage mythique et symbolique « inspiré » par Dieu.

Dans le cas du Coran, l’exégèse historico-critique est impossible  au sein même de l’Islam, mais des exégètes hors islam travaillent sur le texte coranique dans la limite de l’accès aux sources permises par les pays musulmans où elles sont détenues. Cette impossibilité tient au dogme que le Coran pose sur lui même : « En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien. » (Coran 15,9). Le Coran est la parole de Dieu, incréée et protégée par Lui : il est d’origine divine et n’a donc pas pu être falsifié ni altéré.

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L’inadaptation de la lutte anti-terroriste

Avant c’était presque simple, on luttait contre des organisations terroristes, c’était l’affaire d’offices centraux et de parquets spécialisés… mais ça c’était avant. Une organisation c’est une pyramide avec des décideurs, des messagers, des intermédiaires, des fournisseurs de moyens, des passeurs, etc… Quelle que soit le niveau de l’organisation c’est un ensemble cohérent sur le plan social et technique. Le travail de la lutte anti-terroriste consistait jusqu’à présent à identifier des membres de ces organisations, à les suivre, à les écouter pour identifier les exécutant et les cibles et, dans la mesure du possible, contrarier leur projet avant sa mise à exécution.

Aujourd’hui le terrorisme islamique c’est un ou deux gars, qui naviguent sous les radars de l’anti-terrorisme, et qui partent un beau matin mourir en moudjahid en s’attaquant à l’arme automatique contre une poignée de cibles au caractère symbolique. Si les enquêtes montrent, a posteriori, un niveau élevé de préparation (achat des armes, choix des cibles, reconnaissance des lieux, etc), on est plus dans une action de type « braquage » que dans une action de grande envergure comme les attentas du 11 septembre 2001. Cette évolution méthodologique, qui ne différencie pas Anders Behring Breivik, Mohamed Merah, ou les frères Kouachi témoigne de l’inadaptation actuelle du dispositif de lutte anti-terroriste français et européen.

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Le déclin du courage

C’est le titre de publication d’un discours « prophétique » prononcé par Alexandre Soljenitsyne à la sortie de promo de Harvard en 1978. Loin de faire l’éloge du pays qui l’accueillait il se lançait dans une critique singulière des sociétés occidentales. 37 ans plus tard ce discours n’a rien perdu de sa fraîcheur (extrait).

A l’heure où nous vivons un profond conflit de cultures et de civilisations entre l’islam radical et l’occident « croisé », à l’heure où la société occidentale se divise sur des questions d’éthiques (mariage pour tous, PMA, GPA, euthanasie, recherche sur les cellules souches, etc) et sur la place de l’homme dans l’économie mondial, ce texte est une profonde inspiration.

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L’islam, la sharia et la démocratie française

L’affirmation selon laquelle l’Islam est compatible avec la démocratie est péremptoire dans la mesure où, elle affirme une chose sans l’expliquer.

La première critique que nous pouvons opposer à cette affirmation tient au manque de qualification de l’Islam. Qu’est-ce que l’Islam ?

Nous voyons, chaque fois qu’un attentat est réalisé au nom de l’Islam, une grande majorité d’hommes et de femmes politiques affirmer que ce n’est pas l’Islam, de son côté la communauté musulmane est divisée à ce sujet et les affirmations sont moins catégoriques ou plus nuancées que dans la classe politique française.

En voulant poursuivre l’élan républicain des rassemblements post attentat, en voulant réaffirmer l’indivisibilité de la communauté nationale et d’une laïcité respectueuse de toutes les sensibilités religieuses on finit par dire n’importe quoi.

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Arrêtons de ne pas faire d’amalgame

Ah cette grisante, harmonieuse et consensuelle République réunie dans sa plus pure tradition compassionnelle portant haut et fièrement la vision irénique d’un peuple multiculturel ressoudé, chaleureux, ouvert et surtout debout.

Que de belles images pour nos futurs manuels scolaires ! Pendant 5 jours l’unité nationale retrouvée, toute parée de liberté, de fraternité et d’égalité a défié la barbarie des terroristes en se préservant « d’amalgamer » tout un pan de sa communauté nationale.

Mais tandis que les yeux sont encore humides de l’émotion soulevée par cet élan national, alors que la France solidaire court encore à la recherche du N°1178 de Charlie Hebdo et que les policiers et gendarmes se remettent à peine des applaudissements qui leurs furent adressés, voilà que déjà, l’idylle nationale est menacée. Honnis soient ces pisse-froids, ces rabat-joie, ces briseurs de rêve qui refusent d’être Charlie et qui amalgament Islamisme et terrorisme.

Je caricature un peu, c’est dans l’air du temps, mais quand même ça me chatouille un brin ce déni du réel véhiculé par l’émotionnel. Pour tout dire ça m’énerve.

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Si j’étais musulman…

Si j’étais musulman, pas un orthodoxe salafiste ou un frère musulman, non, juste un gars élevé  dans une tradition et une spiritualité qui ouvre à la transcendance et éduque à la paix, bref si j’étais ce musulman j’aurais les boules, grave les boules même comme disent les jeunes.

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