Les nouveaux barbares

La belle fête du PSG gâchée par des scènes de violences et de pillages, les journalistes se délectent de ces images fortes et des réactions politiques indignées, accusatrices, défensives… A chaque fois la France redécouvre, comme si c’était la première fois, le visage de ces nouveaux barbares qui sortent de leur zone, franchissent les limites territoriales où l’on voudrait bien qu’ils restent, pour fondre sur les paisibles et huppés quartiers de nos belles villes. Bus attaqués, vitrines brisées, boutiques pillées, voitures brûlées, personnes agressées, dévalisées, dévastées, l’apocalypse se déchaîne et s’invite chez vous par tous les médias connectés qui diffusent en boucle l’insoutenable réalité, jusqu’à l’écœurement.

La classe politique est rattrapée par la réalité des faits qu’elle n’a jamais su appréhender autrement que par des explications historico-économico-sociologico fumeuses et des saupoudrages inefficaces. Alors sur les plateaux de télé, sur les réseaux sociaux, dans les journaux, on pointe du doigt, on accuse, on exige des démissions, on se scandalise, on rappelle les errements passés des indignés du jour… mais on ne parle pas surtout pas de solution, sujet ô combien délicat.

Pendant ce temps, dans les commissariats, la brigade de nuit prend son service. Le chef de poste fait l’inventaire de l’armement individuel et collectif. Le stock opérationnel des bouteilles lacrymogènes, des grenades MP7 et des munitions LBD, Flash-ball s’est pris une claque avec ces évènements. Pas sûr que l’on puisse tenir longtemps en cas de nouveau coup dur. On espère que le S.G.A.P a des stocks et des marchés publics en cours de validité pour le réapprovisionnement.

Les équipages viennent chercher ce dont ils ont besoin, tout le monde est là autour du café. Les évènements sont à l’esprit de chacun et les commentaires vont bon train. On parle des collègues blessés, des dégâts matériels, des suites judiciaires pour les interpellés, la parole permet de libérer un peu de cette tension qui est en chacun. Parce que ce soir, comme tous les soirs, il faudra retourner sillonner les quartiers, répondre aux appels de détresse, faire face à ces jeunes grisés par leur raid sur la capitale. On peut lire sur les visages un certains dépit, une grande lassitude. Le chef de brigade le voit et ne veut pas laisser partir ses gars sans leur remonter le moral: « Ils nous haïssent parce que nous sommes les seuls qui ne baissons pas les yeux face à eux, ils nous craignent parce que nous n’avons pas peur d’eux. Le jour où nous baisserons les bras ils fondront sur ce pays tels de nouveaux barbares. Si ce soir, ou demain, ils veulent une victoire, notre boulot c’est de leur infliger une défaite. »

Les visages se détendent, on salue avec un brin d’humour le lyrisme du bricard-chef, il a de la bouteille l’ancien et il a trouvé les mots qu’il fallait, au moins pour ce soir.
Les équipages commencent à quitter le commissariat et patrouillent la ville en attendant l’appel radio ou l’évènement qui déclenchera la première intervention de la nuit.

La nuit est tombée et la pluie avec, les rues sont calmes. Au pied des barres d’immeubles on apperçoit les silhouettes de groupes de jeunes amassés dans les halls. Aux premières heures de la nuit les policiers restent à distance et observent. Les jeunes aussi observent et saluent avec force renforcement de gestes explicites la joie que leur procure cette présence policière. Cette phase d’observation permet aux policiers de prendre la température et d’identifier les lieux à risque pour cette nuit. La plupart des jeunes sont connus, certains pas encore majeurs ont des S.T.I.C longs comme le bras et une expérience confirmée de la procédure pénale.

Comment en est-on arrivé là et que peut-on faire pour que cela change? Voilà le tonneau des danaïdes de la politique française.

Personnellement je ne sais pas ce que l’on peut faire de ces jeunes. Ils ont un niveau d’éducation très faible, ils s’expriment avec moins de 500 mots, dans un langage quasi incompréhensible. Enfermés dans une attitude très codifiée, tant dans l’apparence que dans l’expression ils ne peuvent prétendre à aucun emploi. Embauchés le matin, ils seraient virés le soir même, et trouveraient encore l’audace de dénoncer un acte raciste. Ils n’ont en fait aucun désir, si ce n’est le rêve absurde de vivre comme un rappeur ou un joueur de foot professionnel, liasses de billets à la main et filles aux poitrines survitaminées et sous-habillée se déhanchant lascivement à l’arrière d’une limousine.

Conscients qu’ils n’ont pas fournis les efforts requis pour vivre leur rêve, ils investissent dans la seule voie qui leur reste, la force. Les voilà devenir peu à peu délinquants, chaque jour plus déterminés, plus barbares. Ils fonctionnent en horde comme les hyènes, attaquant toujours en supériorité numérique. Ils mettent le quartier au pas, forcent ses habitants à baisser les yeux, ses filles à se cacher derrière des tenues asexuées ou derrière un voile car c’est encore la seule chose qu’ils respectent. Les pères, quand ils sont là, baissent les bras devant ces enfants qui gagnent en deux jours leur salaire mensuel. Les mères pleurent dans le secret de leur cuisine. Les gens détournent le regard pour ne pas subir la folle colère de ces nouveaux barbares.

La violence se déchaîne toujours du plus fort sur le plus faible.

Alors ce soir je pense à mes collègues qui, loin de l’ivresse médiatique et de la vacuité politique, continuent, soir après soir à investir le terrain. Vous êtes, pour toutes ces personnes prisonnières de ces violences, le seul rempart à la folie des nouveaux barbares.

Il existe pourtant une solution simple, mais demandant un vrai courage politique, pour réduire de façon significative l’économie souterraine qui fonde l’existence même de ces hordes, mais je vous en parlerai dans un prochain billet.

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4 réflexions au sujet de « Les nouveaux barbares »

    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      Merci de votre commentaire, vous êtes le premier commentateur du blog. Du coup pour fêter cela j’ai commandé ce livre… Peut être un billet en perspective?

      Répondre
  1. rayon de SF

    « Il existe pourtant une solution simple, mais demandant un vrai courage politique, pour réduire de façon significative l’économie souterraine qui fonde l’existence même de ces hordes, mais je vous en parlerai dans un prochain billet. »
    je suis curieuse de connaître votre solution.
    en tous cas, merci d’écrire ouvertement en tant que flic chrétien.
    je vais suivre avec attention votre point de vue. car c’est sûr, un chrétien civil ne peut rien juger de la structure policière ou des ordres donnés. Mais on peut constater des faits « choquants » car extrêmement paradoxaux vis-à-vis de l’idée de l’Ordre Public que l’Etat nous présente.
    au moins je vais apprendre des choses qui me permettront de mieux appréhender les sécurités policières en bord de manif

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      Pour la solution, c’est le billet suivant: « lutter contre l’économie souterraine ».
      Je vous remercie de l’intérêt que vous manifestez pour mon blog mais je vous dois une transparence objective: en m’affichant ouvertement « flic et catho » je navigue sur un fil tendu au dessus du vide qui m’oblige à concilier liberté d’expression et devoir de réserve. Je ne peux donc m’exprimer que dans une limite dessinée, au contour un peu flou, par la jurisprudence. Ceci me permet de détailler sans réserve l’objet même de la loi, dans sa lettre et dans son application mais cela m’interdit toute appréciation personnelle de l’action policière ou gouvernementale sur les manifs pour tous par exemple, sauf s’il s’agit d’actions qui sont objectivement contraires à la loi (art 73 CPP) comme je l’ai fait dans mon billet « flic ou voyou? ».
      Bien cordialement.

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