Lutter contre l’économie souterraine

Comme promis dans mon précédent billet, je vais vous parler d’une solution simple pour faire reculer l’économie souterraine. Ceux qui auront lu mon billet sur les politiques de sécurité intérieure se demanderont peut-être si je ne me contredis pas puisque dans l’un je pointais l’incapacité des politiques publiques à faire échec à la délinquance et dans l’autre j’affirme qu’il existe une solution simple pour la faire reculer. En fait il n’y a pas d’incohérence puisque l’énoncé exact de mon précédent billet était:

« Il existe pourtant une solution simple, mais demandant un vrai courage politique« 

Vous déduirez de vous même que l’auteur pense qu’il n’y a pas de résultat des politiques de sécurité intérieure, en terme de recul de la délinquance, parce qu’il n’y a pas de vrai courage politique.

Examinons donc sans tarder la solution et nous nous pencherons ensuite sur la question du courage politique qu’elle nécessite.

Le moteur de l’économie souterraine c’est le cash, la monnaie sonnante et trébuchante, dont l’échange de gré a gré échappe au regard inquisiteur de l’administration fiscale, des banques, de tracfin et de mon épouse. Nous parlerons donc de monnaie fiduciaire (qui vient du latin fiducia, la confiance) composée des pièces et billets. Pour les autres formes de transactions nous parlerons de monnaie scripturaire (chèques, virements, cartes bancaires, paypal,…).

Il n’échappe à personne que si la monnaie fiduciaire est bien utile, elle n’est en aucun cas impérative compte tenu de l’évolution des technologies qui nous permettent aujourd’hui d’envisager sous de multiples aspects (cartes, téléphones, RFID) des transactions électroniques même pour des sommes ridicules (moneo, paypal, etc.) Ces transactions s’opèrent de compte à compte et laissent des traces numériques dans les systèmes bancaires, c’est pour cela qu’elles ne sont pas privilégiées par les délinquants ordinaires.

Pour l’essentiel, hormis les dégradations et destructions de biens publics ou privés, les atteintes aux biens qui constituent le principal indicateur des faits constatés de délinquance participent intégralement de l’économie souterraine avec bien entendu les trafics (stupéfiants, êtres humains, etc) et les escroqueries (joliment dénommée délinquance astucieuse).

Tous ces actes de délinquance n’ayant pour finalité que l’obtention de cash, qu’en serait-il dans une société où il n’existe plus? Il deviendrait bien moins intéressant pour les délinquants de vendre le produit de leur vol ou de leur trafic si le système implique une traçabilité de l’échange. Bien sûr la délinquance s’adapte toujours et l’on peut d’ores et déjà imaginer que des échanges subsisteraient dans des formes de transactions anonymes différentes: carte monétique prépayée (type carte cadeau) mais difficile d’imaginer quand même le gars acheter sa barrette de haschich contre une carte prépayée de 15€ chez carrefour (d’autant que le vendeur n’a pas de moyen de vérifier qu’elle est effectivement créditée). Donc sans cash, l’économie souterraine devient particulièrement compliquée et tout ce qui est compliqué est souvent dissuasif pour nos jeunes barbares (cf billet précédent) qui devront trouver d’autres moyens de subsistance et pourquoi pas le travail.

L’idée est vertueuse et simple aussi suis-je étonné, comme vous, qu’elle ne soit pas portée par l’ensemble de la classe politique (Monsieur le Président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être…) Il y aurait-il donc une raison obscure qui pousse l’homo politicus, français mais aussi international à ignorer la simplicité même de ce raisonnement? Évidemment car la suppression du système fiduciaire n’atteint pas seulement l’économie souterraine « des quartiers » mais toutes les économies souterraines: travail au noir, dissimulation de revenu des commerçants et autres professions à caisse, pots de vin et autres dessous de table, primes en liquide (prime Guéant), etc…

Quel homme ou femme politique peut envisager un seul instant être élu avec une proposition comme celle-ci? Ceci tend à démontrer par ailleurs qu’en politique la vertu s’incline devant la nécessité électorale.

Pourtant si l’on prend le temps d’y réfléchir on trouvera quelques arguments qui montrent que ces économies souterraines, en enrichissant matériellement ceux qui y recourent, appauvrissent ceux qui en dépendent. Les personnes travaillant au noir ne bénéficient pas des prestations sociales auxquelles elles pourraient prétendre si elles étaient déclarées.

C’est donc dans la défense de principes éthiques et moraux que se fonde le vrai courage politique et la sécurité pour tous. Si un jour un homme ou une femme politique portait ce sujet dans son programme électoral je tendrais l’oreille et je me demanderais en mon fort intérieur si cette personne n’est pas un peu chrétienne.

Reddite quae sunt Caesaris, Caesari, et quae sunt Dei, Deo (Mt XXII,21)

 

 

 

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3 réflexions au sujet de « Lutter contre l’économie souterraine »

  1. Vinciane

    C’est une excellente idée à laquelle je n’avais jamais pensé qui séduit par sa simplicité et en effet le trafic de drogue français serait bien handicapé. Mais à mon avis la monnaie fiduciaire ne sera pas supprimée avant longtemps car elle présente beaucoup d’avantages quotidiens et rassure par sa matérialité : l’argent scripturaire n’étant pas visible, tangible, on s’en méfie, surtout en temps de crise. En tout cas merci Tonton pour ce blog bien intéressant 🙂

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  2. zut

    Il s’agit tout simplement d’une privation de liberté.
    Pourquoi ? Parce que sans argent liquide, on peut bien évidement tracer toutes les recettes et dépenses d’une personne, donc son mode vie. Tout ceci au nom de la lutte contre les fraudes.
    Je signale que dans un pays voisin, l’Allemagne, le chèque est quasi inconnu, la carte bleue réservée au français…et du liquide à gogo. C’est d’ailleurs à la demande des allemands qu’il a été imprimé des billets de 500 €. Et que je sache, la délinquance germanique n’est pas pire que la française (mais pas mieux non plus !).
    Ce qui est inquiétant, c’est surtout le contrôle total possible des honnêtes gens . Les malhonnêtes trouveront toujours une faille, bien entendu.

    Ceci dit, l’idée en soi n’est pas du tout mauvais mais connaissant l’état et la tendance au fichage généralisé, ça m’inquiète plutôt.
    Et puis il y a eu Chypre et ses fermetures longue durée de banque. Du jour au lendemain, plus de moyens de paiement. Ca calme.

    Reste le troc : un ballot d’herbe contre une réparation de machine à laver qui fuit…
    A vrai dire, j’y crois pas trop.

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      Merci pour votre commentaire, c’est encourageant pour la suite de ce jeune blog.
      Effectivement, la suppression de l’argent « liquide » entraîne la traçabilité des transactions, recettes et dépenses… Et alors ais-je envie de vous dire? Qui peut penser que l’Etat va suivre les dépenses des français quand il n’est même pas capable de suivre ses propres dépenses! Il y a un mythe du Big Brother, il faut bien comprendre qu’il est impossible de contrôler tout le monde. A titre d’exemple il faut comprendre qu’un seul fonctionnaire de police ne peut pas suivre plus de quelques écoutes (judiciaires), parce qu’il doit retranscrire par écrit l’intégralité de chacune de ces écoutes. Ainsi pour contrôler la population il faudrait en réalité que les 2/3 de la population soit composée de policiers (parce qu’il faut des policiers pour surveiller les policiers), on est très loin du compte!
      La police n’ayant ni le temps ni les moyens de contrôler les délinquants qu’elle connaît déjà, difficile d’imaginer qu’elle puisse contrôler les « honnêtes citoyens ».
      L’idée consistant à dire qu’en cas de crise monétaire les français n’auraient plus de moyens de paiement est simplement fausse, de toute façon la monnaie n’aurait quasiment plus de valeur (une brouette de billets pour payer une baguette, du déjà vu non?), le troc en dernier recours devient le moyen d’échange « équitable ».
      Pour moi, il ne fait aucun doute que l’argent n’est, à l’heure actuelle, qu’un moyen de facilitation des fraudes et donc de l’économie souterraine.

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