Comment tu peux être flic & catho?

Voilà sûrement l’une des interpellations les plus fréquentes à laquelle il me soit donné de répondre: comment tu peux être flic et chrétien?

Que cette interrogation vienne d’un chrétien, d’un policier ou encore d’une personne qui n’est ni l’un ni l’autre, elle m’oblige à chaque fois à faire face aux préjugés portés d’une part sur la fonction de policier et sur ceux, tenaces, de l’obscurantisme religieux.

Il y a donc un présupposé d’une ambiguïté entre la fonction et la croyance, d’une présomption d’inconciliabilité des deux. Comme dans le flot des discussions impromptues qui caractérisent souvent les dîners en ville, les repas familiaux et autres réjouissances sociales le temps de la réponse ne doit pas excéder celui de vider son verre (dans certains milieux et certaines régions cela peut être très court), il me fallait trouver une réponse courte pour combattre ces préjugés.

C’est le discours de Jean-Paul II pour la journée mondiale de la Paix en 2002 qui m’apporta le règlement de ce dilemme: « Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon« . Voilà résumé l’essentiel de la mission du policier chrétien: auxiliaire de justice et témoin de la miséricorde. Quel joli nom d’ailleurs que celui de gardien de la paix (l’officier que je suis jalouse secrètement et revendique pour lui-même cette appellation), il porte en lui plus qu’une description, une vocation.

Arrivé au stade de l’énoncé conceptuel, les préjugés persistent, mais l’oreille du contradicteur se fait soudain plus attentive, le temps accordé pour la réponse peut aller de deux verres à bien plus (la décence m’interdit de dire jusqu’où l’on peut réellement argumenter en état d’alcoolémie).

Me voici donc bâtant en brèches les fausses images du policier nécessairement ripoux et violent (comme toutes les personnes armées, l’arme conférant un sentiment de supériorité) pour lui substituer celle plus prosaïque du pov’gars (y’a aussi des filles) dont le quotidien se partage entre des victimes (parfois douteuses) et des présumés innocents (parfois coupables), toujours à la frontière de l’acceptable et de l’inacceptable, de l’humain et de l’inhumain (pour plus de détails allez voir chez maitre Mô). Dans ce vaste cloaque où chacun peut perdre son âme, le bon policier cherche surtout à démêler le vrai du faux pour produire des dossiers qui permettent à la justice d’instruire le procès pénal. (Là en général, l’auditoire qui a gagné une ou deux oreilles supplémentaires balance quelques lieux communs sur la justice qui ne fait pas son travail). Vient ensuite l’étape la plus sensible puisqu’il s’agit de montrer tout l’intérêt pour un chrétien d’être là dans ce merdier bordel Bref, pourquoi c’est pas incohérent d’être flic et catho.

Il faut donc revenir aux fondamentaux et JP II c’est pas mal, ça fait sérieux, c’est du lourd en caution théologique chrétienne (surtout depuis qu’il a été béatifié). Donc je leur balance que la paix n’est possible que si il y a l’œuvre de justice (à laquelle concoure le policier) et ensuite le pardon. Sans pardon pas de paix. C’est en général le grand moment de dubitativité de l’auditoire: « quoi mais t’es dingue! comment tu veux pardonner à des ordures qui… » #vismaviedeflic

C’est le moment de vérité et d’intense suspens où tu vas savoir si tu continues à expliquer où si l’impétrant va te quitter pour parler foot ou mécanique avec un pote au bar. Si t’as de la chance il reste pour essayer de comprendre pourquoi le pardon est la clef de la paix sinon ben tu fais comme lui, tu vas te remplir un verre au bar… Quant à vous, si vous n’êtes pas convaincu de l’importance du pardon pour trouver la paix intérieure, venez me voir, on en parlera autour d’un verre ou deux…

 

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