L’Islam de France existe-t-il?

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a procédé, samedi 8 juin, au renouvellement de ses instances dirigeantes. Ces élections très controversées suite à la réforme des statuts du CFCM en février dernier ont vu l’abstention massive de l’UOIF et de nombreuses mosquées indépendantes.
Les résultats de cette élection donnent une large majorité, avec 25 membres élus au CA, au Rassemblement des musulmans de France (RMF), proche du Maroc, loin derrière la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP), proche de l’Algérie, avec ses 8 sièges. La direction du CFCM devrait cependant revenir à la FNGMP dans un premier temps. Le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) arrive en troisième position avec 6 sièges au CA. L’UOIF, proche des frères musulmans (Egypte), est créditée de deux sièges, malgré son absence aux élections.

La question qui se pose naturellement à tout observateur français, compte tenu des forts liens de chacune de ces fédérations avec leurs pays respectifs: L’islam de France existe-t-il indépendamment de l’internationale fondamentaliste islamique notamment dans sa gouvernance et dans son financement?

Le fait est que pour un occidental non musulman l’Islam est parfaitement incompréhensible et se résumera de façon un peu systématique à sa caricature médiatique, qui, depuis 1995 en France se concentre quasi exclusivement sur le terrorisme islamique.

Mais même pour un observateur plus attentif, l’expression de l’Islam en France reste énigmatique. Pour faire simple, je rappelle aux non initiés qu’il n’y a pas un Islam, mais des Islams qui procèdent de lectures différentes du Coran (Sunnisme, Chiisme, Kharidjisme, Mutazilisme, Soufisme, …) et de la tradition prophétique (Sounna). Dans ces différents courants des écoles de pensées (Madhab) variées et donc des interprétations multiples.

Or aujourd’hui, il est impossible si l’on ne connaît pas très bien l’Islam de reconnaître dans les propos de tel ou tel musulman, sur les forums musulmans ou dans les sites internet, le courant auquel se rattache l’expression du musulman français. En bref pour qu’un français puisse comprendre quoique ce soit à l’Islam en général et à l’Islam de France en particulier, il doit étudier l’Islam, son histoire, ses textes fondateurs, ses courants, ses écoles juridiques,… Il doit être capable de rattacher l’auteur de tel ou tel article, discours, de telles ou telle fatwa à l’un de ces courants, à l’une de ces madhab pour comprendre la vision portée derrière l’expression du musulman.

Le premier grief que je fais aux musulmans de France, c’est de ne pas nous simplifier la tâche. Un musulman qui s’exprime dans les médias ou sur internet devrait dire clairement: « je suis sunnite malikite ou hanbalite, je suis frère musulman, … La vision de l’Islam que je porte est celle de ce courant » on gagnerait en clarté. De même la référence aux savants islamiques devraient faire l’objet de la précision de leur école de pensée: savoir que Ibn Taymiyya est un savant sunnite handbalite n’est pas anodin pour la compréhension de la pensée de ceux qui le citent.

Le second grief, qui est le corollaire du premier, c’est qu’il ne peut y avoir d’Islam de France sans indépendance par rapport à des courants qui se relient à des histoires territoriales extra-européennes. Or l’Islam indépendant de France implique une capacité à former des musulmans français capables, sans renier ces courants, d’en prendre l’essence et de la contextualiser en France. Mais aujourd’hui c’est loin d’être le cas, les imams formés en France ne sont pas responsables des mosquées où ils sont nommés, ils en sont les employés et le financement des associations musulmanes est loin de l’autonomie. Cela implique qu’un imam ne peut pas prendre trop de distance avec la doctrine du pays qui finance pour une grande partie l’association qui gère la mosquée.

Le troisième grief tient à la tradition musulmane et à son discours énigmatique, pour ne pas employer le mot de dissimulation (taqîya), qui tient lieu de véritable mode d’expression en direction des non musulmans. Pour avoir navigué depuis des années sur de nombreux forums musulmans, je suis frappé par la forme systématique du discours. Si tu n’y connais rien à l’Islam et aux autres religions on te sert tous les versets du Coran qui montrent la beauté de l’Islam, sa tolérance infinie et son idéal de paix. Mais si tu as étudié un peu l’Islam et que tu commences à apporter un peu de contradiction dans cette expression idéaliste, rien ne va plus. Le musulman oublie parfois de dire que les versets qu’il cite en appuie de sa démonstration son abrogés par des versets postérieurs, il tourne autour du pot entre les chrétiens et les associateurs, il te cite un hadith faible quand un fort dit quelque chose de très différent, etc. Finalement le prosélytisme initial se mue en attaque: des valeurs républicaines, de la démocratie, de la falsification de la Torah ou de la Bible, etc. Bref l’expression des musulmans de France, pour établir un véritable Islam de France, gagnerait à plus d’honnêteté dans l’expression de la foi, du Dîn. Je préfère que l’on me traite d’associateur tout de suite plutôt que de discuter trois heures pour connaître enfin le fond de la pensée du musulman avec qui je discute.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, je crois que l’Islam de France est mal barré et que l’Islamophobie croissante ne tient pas tant à la caricature médiatique de l’Islam qu’au peu de cas que font les musulmans eux-même pour sortir de cette caricature en adoptant un discours plus clair qui permette aux français de comprendre à quelle vision de l’Islam ils se rattachent.

Les musulmans de France, pour lutter contre l’islamophobie, ont le devoir d’exprimer clairement la doctrine de leur foi au regard des critiques habituelles faites à l’islam: versets controversés, charia (lapidation, talion, différence des droits selon le statut), droits de l’homme & de la femme (musulmans et non musulmans), esclavage, djihad, ijtihad, vie de Mohammed, histoire (des batailles) de l’Islam, âge d’or de l’Islam, rapports avec les mécréants, les chrétiens (trinitaires), les juifs, etc…

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