De l’Homme et de l’esprit du monde

Cela fait quelques semaines que je suis atteint d’une certaine langueur. Les évènements qui se déroulent me saisissent intérieurement d’une inquiétude forte qui mine mon espérance, ce n’est pas bon, il faut que je m’accroche à mon espérance. Ce billet sera donc un exutoire de ma torpeur. Nommer le mal et dire le bien et se rappeler que sa puissance est infiniment plus forte que celle du mal.

Il me semble empiriquement qu’une société en bonne santé, porteuse de valeurs et de sens à une jeunesse heureuse, confiante dans l’avenir et ouverte au don. Le premier mal que j’identifie dans la société française c’est le désespoir de sa jeunesse, sa solitude, sa fuite dans le virtuel et l’artificiel. Je crois que jamais la jeunesse française n’a été aussi mal dans sa peau en temps de paix et même en temps de crise. Les quatre illusions qui anéantissent la jeunesse sont: la richesse, la gloire, le pouvoir et le plaisir. Notre société conjugue à l’infini et sous toutes ses formes ces aspirations sordides: téléréalité, marketing, presse people, blockbusters cinématographiques,… Tout dans notre monde semble dire « tu es ce que tu possèdes ». Chaque jour j’en vois les tristes résultats: jeunes déboussolés, pathologies psy, addictions, comportements à risque, violences, suicides. Et là franchement il y a de quoi désespérer.

Et puis il y a, depuis quelques mois, des jeunes qui me redonnent le moral. Ils prennent le temps de se rassembler paisiblement, de réfléchir sur la finalité de l’existence, sur la place de l’Homme dans l’économie du monde, sur les risques que nos désirs désordonnés font peser sur le présent et sur l’avenir. Ils réfléchissent avec intelligence et avec cœur, ils se tiennent assis ou debout, ils ont renoncé à toute contestation violente, ils veillent. La réaction politique face à ces jeunes est inouïe, incompréhensible, choquante. Ils sont parqués derrière des barrières gardées par des policiers, privés de la liberté d’aller et venir qui leur est pourtant constitutionnellement garantie, ils n’ont pourtant commis aucun délit. Même les policiers expriment via leurs syndicats leurs interrogations et leur refus de devenir une police politique. C’est dire si les faits sont graves. De quoi l’état a-t-il si peur qu’il utilise des moyens illégaux contre ces jeunes?

Le suivi de l’action gouvernementale depuis un an m’amène à une lecture évènementielle qui trace un sillon pour la compréhension de ces méthodes. Souvenez-vous des propos du ministre de l’éducation qui, en septembre dernier, voulait « arracher les élèves à tous les déterminismes, social, familial, ethnique, intellectuel (…) ». Souvenez-vous des méthodes utilisées pour l’adoption de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe (auditions partisanes, refus de discuter avec toute forme d’opposition, mise en cause très partisane des représentants des cultes, minimisation des rassemblements d’opposition, garde-à-vue abusives, etc). Souvenez-vous des modifications en catimini des lois bioéthiques en décembre aboutissant à l’adoption hier d’une loi ouvrant l’utilisation de l’embryon humain à la recherche (sans les états généraux prévus par la loi). Souvenez-vous que les études de genre si chères à la majorité ouvriront la porte à l’enseignement de la sexualité dès la maternelle au nom de la lutte contre les stéréotypes éculés de la norme naturelle. Souvenez-vous enfin qu’une militante féministe ukrainienne, Inna Shevchenko , qui pour protester contre le traitement des Pussy Riots en Russie, et contre la collusion entre le pouvoir politique et l’église orthodoxe à tronçonné la croix catholique du mémorial d’un massacre stalinien en Ukraine, devient la nouvelle Marianne de la Poste française par choix du président de la République !

L’idéologie au pouvoir en France s’accommode mal de l’opposition, même non-violente, qui lui est faite. Ancrée dans ses certitudes progressistes elle nie la liberté individuelle de ceux qui lui opposent une fin de non recevoir. Cette pensée d’Etat qui souhaite soustraire les enfants à leurs déterminismes, qui légitime des actes illégitimes, qui refuse le débat éthique et démocratique ou la voie référendaire sur les grands projets sociaux a un nom: Dictature idéologique. Pourtant cette idéologie a été portée au pouvoir de façon démocratique et c’est cela qui révèle le second mal de notre société: l’anomie.

C’est bien de la lente déconstruction des valeurs naturelles et spirituelles que procède l’émergence d’un pouvoir porteur d’une idéologie nihiliste, matérialiste et hédoniste. Il a d’abord fallu attaquer le socle « familial » de la société pour y parvenir. Briser les chaînes de la fidélité, qui impliquent dialogue, pardon et réconciliation, par la justification d’un droit inaliénable à la jouissance individuelle, briser l’économie de partage par un consumérisme individualiste, briser la réflexion individuelle par la culture de masse enfin briser le juste au nom de l’égalité. La foi et la raison sont les victimes propitiatoires de cette culture de mort qui sacrifie la liberté véritable de l’homme, dont la source est le don, à une liberté surfaite qui n’est ni juste ni égalitaire car elle n’est que l’expression de désirs désordonnés (argent, gloire, puissance et plaisir).

Tant que la majorité des hommes et des femmes refuse, par calcul personnel et individualiste, de donner sa voix ou sa force de travail à des hommes ou des femmes qui placent l’Homme au cœur de chaque arbitrage le monde s’enfonce encore plus dans ce nihilisme, ce matérialisme et cet hédonisme. Au contraire, lorsque l’Homme choisit le Don comme source de décision et comme norme supra-éthique, c’est-à-dire au delà du partage dans l’aspiration réelle d’une humanité solidaire, universelle, le monde s’ouvre a la vraie justice, l’homme n’est plus réduit à sa réussite individuelle, il est Don fait à toute la communauté humaine. Le passage d’une vision à l’autre se résume au passage de: « Tu es ce que tu possèdes » à « Tu es ce que tu donnes de toi-même aux autres ».

Le Don de soi c’est le mystère ultime de l’Homme et plutôt que d’arracher chaque élève à ses déterminismes, lui rappeler ou l’informer qu’il est, dans la société, Don pour les autres est éminemment plus constructif que de chercher à le soustraire à une morale familiale, culturelle ou ethnique. Cela implique également que la société soit en mesure d’accueillir chaque Don individuel, cela signifie en premier lieu une capacité à penser l’homme autrement qu’en terme de droits mais aussi en termes de capacité et de devoir. Chaque homme, chaque femme est non seulement capable mais à le devoir d’apporter sa contribution à l’édification d’une société où l’intérêt commun n’est pas l’agrégation de désirs individuels mais le soucis du plus faible et l’attention portée à chacun.

Refuser l’hégémonie de l’idéologie dominante et permettre l’expression libre et le débat des pensées divergentes, faire des choix non clivants qui conservent à la société une identité commune et partagée voilà l’objectif qui devrait être poursuivi par la classe politique au lieu d’une soumission aveugle aux lobbys communautaristes ou économiques et à défaut soumettre au référendum les choix stratégiques et clivants.

 

 

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5 réflexions au sujet de « De l’Homme et de l’esprit du monde »

  1. Charline

    « aspirations sordides: téléréalité, marketing, presse people, blockbusters cinématographiques »
    « lente déconstruction des valeurs naturelles et spirituelles »
    « « Tu es ce que tu possèdes » à « Tu es ce que tu donnes de toi-même aux autres » »
     » De quoi l’état a-t-il si peur qu’il utilise des moyens illégaux contre ces jeunes? »

    quelques citations entre autres… ça fait du « bien » de lire ce genre de choses. Triste vérité..

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  2. Frère Thomas OP

    Merci pour ce dernier article « De l’Homme et de l’esprit du monde ». Bonne analyse de la deconstruction sociale et éthique à laquelle nous assistons et à laquelle nous devons porter remède. Affronter le mystère du mal est toujours désespérant, si l’on ne met pas en face le mystère de l’amour qui est plus grand et en réalité plus fort, victorieux du mal. Seule cette lumière de la foi et de l’amour peut nous redonner l’espérance. La culture du don face à la culture de la possession, l’offrande plutôt que le profit. La gratitude et l’émerveillement devant le don reçu.

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