L’essentiel de l’essentiel

Hier le compte twitter du Pape, @pontifex_fr, nous exhortait au partage de notre foi:

En cette Année de la foi, rappelons-nous que la foi n’est pas notre propriété, mais qu’elle doit être partagée. Tout chrétien est un apôtre

— Pape François (@Pontifex_fr) July 18, 2013

C’est dans cette optique que je voudrais tenter de m’inscrire en commençant par un billet sur la foi en forme d’hommage au Père jésuite François Varillon.

« L’essentiel de l’essentiel »

Le livre « Joie de croire, joie de vivre » est un ouvrage posthume qui reprend les enseignements du père François Varillon.

Il y a quelques années, à la lecture de ce livre une citation de Saint Irénée, tirée de la préface du livre V de son traité contre les hérésies, m’a profondément interpellé:

« Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu »

ainsi que l’interpellation du Père Varillon à la suite de cette citation:

« Est-ce bien l’essentiel de votre foi ? Si, en écoutant cette petite phrase, vous vous dites qu’il y a exagération, une telle réaction signifie que vous n’avez pas encore accédé à l’essentiel de la foi. »

La vocation de l’homme est de devenir Dieu ! Cette idée me renversait littéralement. Comment se faisait-il que pendant toutes ces années de catéchisme, d’aumônerie, toutes ces messes je n’ai jamais reçu cette information, cette révélation ?

J’entreprenais donc une relecture de l’écriture à la lumière de cette nouvelle réalité. Le nouveau testament prenait un sens et une saveur nouvelle. Si, tout d’un coup, cette nouveauté m’exaltait cela restait une satisfaction purement intellectuelle, celle d’un raisonnement privé d’une information primordiale qui pouvait enfin se poursuivre.

F. Varillon ajoute à la suite du texte: « Il arrive souvent que l’on pose la question: « N’est-ce pas précisément le péché originel que de vouloir devenir Dieu? » Il y a là une équivoque terrible: oui le péché originel est de prétendre par ses propres forces devenir ce qu’est Dieu. Mais ce qui n’est pas le péché originel et qui est l’essentiel de la foi, c’est qu’il nous faut accueillir ce don absolument inouï de notre divinisation. (…) s’il n’en était pas ainsi, l’Incarnation de Dieu ne serait qu’une visite de Dieu sur terre, comme on en voit dans toutes les mythologies païennes, où les dieux se baladent sur terre, sous des déguisements (…) »

« Dieu ne peut pas nous révéler que notre vocation est de devenir ce qu’il est sans nous dire qui il est (…) C’est le Christ, celui qui s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu, qui nous révèle qui est l’homme et qui est Dieu. »

« Si vraiment il y a un membre du genre humain, de l’espèce humaine qui est Dieu, c’est donc qu’il y a dans tous les hommes une capacité à devenir ce qu’est Dieu. Si un homme est Dieu, c’est que tous peuvent le devenir. (…) Nous chrétiens, nous croyons que seul le Christ nous dit ce qu’est l’homme véritable. Seul le Christ réalise en perfection la définition même de l’homme: il est l’Homme et cet homme est Dieu. C’est donc que nous, nous ne serons parfaitement hommes que lorsque nous serons divinisés. »

L’homme ne devient pas Dieu par lui-même mais il reçoit la révélation de ce qu’il est destiné à devenir dans la personne de Jésus-christ qui le dispose à accueillir du Père le don de sa divinisation c’est à dire à devenir ce que lui-même, Jésus-Christ, est : vrai homme et vrai Dieu. Devenir Dieu ou devenir Homme consiste en une seule et même réalité l’une et l’autre se récapitulant parfaitement dans la personne de Jésus-Christ.

La question fondamentale est: Qui es-tu Jésus-Christ ? Et cette question Il nous la pose lui-même:

« Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples: Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme?
Ils répondirent: Les uns disent que tu es Jean Baptiste; les autres, Élie; les autres, Jérémie, ou l’un des prophètes.
Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis?
Simon Pierre répondit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
(Matthieu 16, 13-16)

Je notais mentalement la similitude de la réponse de Pierre avec le célèbre « ICHTUS » (poisson en grec) dont les premiers chrétiens se servaient en signe de reconnaissance et qui est l’acronyme de « Jésus Christ, fils de Dieu, sauveur »

  • Ι (I) : ΙΗΣΟΥΣ (IÊSOUS) « Jésus » ;
  • Χ (KH, CH) : ΧΡΙΣΤΟΣ (KHRISTOS) « Christ » ;
  • Θ (TH) : ΘΕΟΥ (THEOU) « de Dieu » ;
  • Υ (U) : ΥΙΟΣ (HUIOS) « fils » ;
  • Σ (S) : ΣΩΤΗΡ (SÔTÊR) « Sauveur ».

La confession de foi spontanée de Pierre et celle symbolique des premiers chrétiens prend toute sa dimension dans la perspective de notre divinisation. Je confesse ce que je reconnais de Jésus-Christ et donc je confesse ce que je suis appelé à devenir.

La réponse de Jésus à Pierre au verset 17 est stupéfiante:

« Jésus, reprenant la parole, lui dit: Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. »

Pierre ne confesse de Jésus que ce que le Père lui a révélé manifestant ainsi la façon dont Il œuvre à notre divinisation. Pour reprendre le propos du Père Varillon, accueillir le don inouï de notre divinisation implique notre consentement à une révélation du Père sur le Fils. Cette action de Dieu Jésus l’exprime déjà un peu plus tôt :

« En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. » (Ma 11, 25)

Comprenant cela il faut franchir le pas de la prière et entrer dans cette relation personnelle à Dieu et consentir avec simplicité à la révélation qu’Il veut nous faire.

F. Varillon poursuit: « Jésus révèle que Dieu est amour. Cette histoire d’une conversion progressive d’un Dieu qui est simplement la toute-puissance en un Dieu qui est Amour, n’est-ce pas au fond l’histoire de chacun de nous? N’avons-nous pas sans cesse à nous convertir à un Dieu qui n’est qu’amour? Car dire que Dieu est Amour, c’est dire que Dieu n’est qu’Amour.

Tout est dans le « NE QUE ». Je vous invite à passer par le feu de la négation car ce n’est qu’au delà que la vérité se dégage vraiment. Dieu est-il Tout-Puissant ? Non, Dieu n’est qu’amour (…) On dit parfois: Dieu peut tout! Non, Dieu ne peut pas tout, Dieu ne peut que ce que peut l’Amour. Car il n’est qu’Amour. Et toutes les fois que nous sortons de la sphère de l’amour, nous nous trompons sur Dieu et nous sommes en train de fabriquer je ne sais quel Jupiter. »

Je me suis beaucoup amusé sur internet à rechercher et lire des définitions sérieuses ou farfelues de l’amour je n’en ai pas trouvé qui m’apparaisse ‘christologique’. Heureusement, un jour j’ai lu par hasard un ouvrage de Simone Weil, Attente de Dieu,dans lequel je pus lire:

« Toute contrainte est impure : «Prendre puissance sur, c’est souiller, posséder, c’est souiller.» Au contraire : «Aimer purement, c’est consentir à la distance.» L’amour est retrait, il est refus de la force, il est douceur et don : «L’amour n’exerce ni ne subit la force ; c’est là l’unique pureté.» Dieu est faible («et petit…», ajoutait Alain), puisque Dieu est aimant, et que l’amour est le contraire exact de la force, comme la pesanteur l’est de la grâce. »

Je fus saisi immédiatement par ces mots: « L’amour est retrait, il est refus de la force, il est douceur et don ». En rangeant le refus de la force avec la douceur j’obtenais une définition trinitaire de l’amour qui m’enthousiasmait:

L’amour est douceur, retrait et don

Cette définition m’apportait d’un seul coup une vision beaucoup plus large de cet ‘essentiel de la foi’ que constitue la citation de saint Irénée pour le P. Varillon.

Cette vocation à l’Amour faisant écho au passage de l’évangile sur le grand commandement me confirmait qu’il n’y a pas de différence entre ‘divinisation’ et ‘humanisation’ l’une et l’autre se fondent sur le Christ vrai Dieu et vrai Homme:

Les pharisiens, apprenant qu’il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve :

– « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »

Jésus lui répondit :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’il y a dans l’Écriture – dans la Loi et les Prophètes – dépend de ces deux commandements. »

(Matthieu 22, 34-40)

Les deux commandements sont semblables parce que les deux natures, divine et humaine, sont unies dans la personne de Jésus-Christ.

L’expression de l’Amour dans ses trois composantes, douceur, retrait et don, devenait l’objet de mes recherches.

Jésus est doux, c’est lui qui le dit:

«Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.

Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos.

Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

(Mt 11, 28-30)

La douceur est l’attitude par excellence du Christ, elle est manifestée dans sa compassion, son attention, sa patience et son refus de la force.

Il est intéressant de noter que Matthieu nous offre plus loin une attitude opposée condamnée par Jésus :

Alors Jésus déclara à la foule et à ses disciples :

« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. » (Mt 23, 1-4)

Il emprunte également ce terme dans le sermon sur la montagne, c’est la deuxième béatitude (Mt 5,4) :

« Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! »

Pour les hébreux de l’ancienne alliance, la terre promise est le signe de l’alliance et de l’enracinement en Dieu. Pour les chrétiens la terre promise c’est le Christ; par lui, en lui et avec lui ils s’enracinent en Dieu.

Être disciple du Christ passe par cette attitude de l’amour qui ne s’apprend qu’à son école en acceptant le joug de l’amour « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples ».

L’Amour est Retrait

L’attitude de retrait de Jésus-Christ est résumée dans l’hymne au Philippiens (Ph 2, 6-11):

« Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père. »

Les théologiens qui semblent préférer les langues anciennes parlent de kénose (du grec κένωση: kénose signifiant vidange, évacuation, expulsion) pour définir cette dimension de l’Amour. Ce qui est intéressant c’est le mouvement descendant puis ascendant qui caractérise cet hymne. Le retrait ou la kénose est un chemin d’abaissement, de dépouillement que la Bible souligne dans de nombreux passages de l’ancien et du nouveau testament:

Les serviteur souffrant (Isaïe 53)

L’humilité de la crèche, le baptême du Christ, les annonces de la passion, le grain de blé qui tombe en terre (Jn 12, 20-33), le lavement des pieds (Jn 13, 4-16), etc.

Cette attitude de Jésus-Christ, tout au long de sa vie jusqu’à sa passion, nous désarçonne, comme le dit. St Paul  (1Co 1, 25):

« la folie de Dieu est plus sage que l’homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme. »

Il semble y avoir un débat théologique autour de la question de la kénose: cette attitude ne concerne-t-elle que Jésus-Christ où bien est-ce une disposition de la vie intra-trinitaire ?

A mon sens si Dieu est Amour c’est à dire douceur, retrait (Kénose) et Don alors la trinité vit ce mouvement de dépouillement permanent et ce que Jésus dit à Pierre est une constante de la vie trinitaire : « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’as pas de part avec moi »

Ces deux attitudes de l’Amour, la douceur et le retrait (kénose), sont le cadre de l’agir de Jésus-Christ. Elles le disposent à l’action qui n’est que DON. Toute la vie de Jésus n’est que don.

Un don qui se récapitule intégralement à la croix et qui est manifesté de trois façons différentes:

1) Le Don (de sa vie)

Il ne donne pas sa vie n’importe comment, il la donne de lui-même:

« Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. Personne n’a pu me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. » (Jn 10, 17-18)

Ce don lui coûte mais il l’accomplit dans la volonté du Père, dans la soumission à l’Amour:

« Il s’écarta un peu et tomba la face contre terre, en faisant cette prière : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Mt 26, 39)

Et Jésus-Christ donne sa vie, manifestant selon la volonté du Père qu’il n’est vraiment qu’amour, qu’il est l’Amour:

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pourses amis »(Jn 15, 13)

2) Le parDon

« Père, pardonne-leur car il ne savent pas ce qu’ils font »(Luc 23 :34)

Le ministère de Jésus-Christ est un ministère de miséricorde. Lorsqu’il guérit, le miracle est secondaire il est le signe efficace de la parole qui précède ou qui suit: « voyant leur foi » Jésus peut dire « tes péchés sont pardonnés » ou « ta foi t’a sauvé »

Dans notre société l’homme est réduit aux actes qu’il commet: celui qui vole est un voleur, celui qui ment, un menteur,… Le pardon dans une perspective ‘humaniste’ et non spirituelle s’entend comme un refus de la vengeance, une prévalence de l’individu sur ses actes: « tu vaux plus que ce que tu as fait »

Le pardon dans une perspective chrétienne est un acte par lequel Dieu rend possible le salut par la restauration de la dignité filiale, mais il requiert une disposition, la foi. Et justement la foi c’est croire que Dieu est notre salut. Le péché (notion que j’aborderai dans un autre billet) parce qu’il nous sépare de Dieu nous coupe du salut, c’est à dire de notre ‘divinisation’.

Dieu n’a de cesse de nous pardonner « tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime. » (Is 43, 4)

3) L’abanDon

Vers trois heures, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lama sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46)

Ce cri de Jésus-Christ est la clef de compréhension de la foi chrétienne. Je ne le savais pas jusqu’au jour ou l’illumination s’est produite. Ce jour fut celui de ma conversion intellectuelle, l’équilibre de la raison et de la foi.

Un jour que je partageais mes interrogations et mes raisonnements avec un prêtre, il me prêta un livre de Chiara Lubich, « Pourquoi m’as-tu abandonné ? Le secret de l’unité ».

J’étais trop exalté par la compréhension de ce Dieu Amour pour verser d’un seul coup dans le dolorisme de la passion rédemptrice du Christ souffrant qui rejoint la souffrance des hommes. Cette vision de la passion me semblait réductrice, Jésus-Christ n’a pas attendu d’être crucifié pour compatir aux souffrances de l’humanité.

Cependant j’acceptais le livre qui abordait un point qui restait obscur pour moi comme elle semblait l’être pour le Jésus-Christ: Quelle est la finalité de cet abandon?

La lumière jaillit à la lecture de cette phrase :

« Jésus abandonné nous apparaissait, à cette époque, comme celui qui est réellement « émondé » (Jn 15, 2), dont ni la terre ni le ciel ne semblent vouloir. Nous disions: la terre n’en veut pas, le ciel non plus, et nous en concluions qu’il pouvait vraiment être tout à nous. Déraciné de la terre et du ciel, il portait à l’unité tous ceux qui sont loin de Dieu. Il était le passage obligé pour arriver à l’unité. »

Dieu ne retient rien de lui-même, en Jésus il est entièrement abandonné pour que nous puissions le recevoir intégralement. Je comprenais alors cet abandon dans sa dimension eucharistique. Il fallait que Jésus soit abandonné pour que le sacrement réalise les paroles qu’il avait prononcées: « ceci est mon corps (…) ceci est mon sang »

Cependant l’eucharistie ne prend tout son sens qu’avec la résurrection de Jésus-Christ: « Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. » (Lc 24, 30-31)

L’eucharistie c’est Jésus-Christ vivant qui s’incorpore en nous pour notre salut. Dans Jésus eucharistie ce que nous sommes appelés à devenir est déjà donné, abandonné !

J’eus alors un déclic en pensant au texte du baptême du Christ et je me suis mis à considérer que cette parole divine était réactualisée à chaque eucharistie pour ceux qui reçoivent le sacrement: « celui-ci (celle-ci) est mon fils (ma fille) bien aimé(e) en lui (elle) j’ai mis tout mon Amour ». (cf. Mt 3, 17)

Cette vision me permettait d’entrer un peu plus dans ce secret de l’unité dont parle Chiara Lubich. Dans l’eucharistie se joue non seulement le don de la vie divine, son incorporation dans notre vie, mais aussi la folie de l’Amour de Dieu de nous y voir participer. L’eucharistie est un don réciproque: « Devenez ce que vous recevez ». En se partageant à la multitude Dieu ne divise pas, il multiplie: l’amour est la seule chose qui grandisse en étant partagé! (Cf. les deux multiplications des pains)

Le fondement de l’unité tient dans une réalité si simple : Ce que je suis appelé à devenir est tout autant en moi que dans l’autre. Je ne peux vivre cette incorporation au Christ qu’en le reconnaissant Lui dans l’autre, qu’en l’aimant Lui en aimant l’autre (Cf. Le grand commandement).

***

Voilà c’est la fin de ce premier billet sur la foi, j’espère ne pas avoir commis trop d’erreurs théologiques, si c’est le cas merci de me les signaler. Ce billet tourne principalement autour de l’eucharistie qui est rencontre avec le Fils, les deux suivants parleront de la miséricorde qui est rencontre avec le Père et de la louange qui est rencontre avec l’Esprit Saint.

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5 réflexions au sujet de « L’essentiel de l’essentiel »

  1. Anne Sophie

    Heureuse de te lire ce matin, cher Poulet Bio !
    Heureuse de retrouver Varillon ! que je lis et relis depuis des années.
    Heureuse de cet exposé concis, émouvant et personnel sur une question qui m’habite depuis des années. Qui es tu Dieu ? Qui suis-je face à Toi ? Tu nous dis je suis Amour, mais qu’est-ce que cela veut dire ?
    Heureuse de ta définition sur l’Amour, qui é »largit notre esprit et va me faire réfléchir…
    bon, j’attends la suite !!
    MERCI

    Répondre
    1. Isa

      Ce texte est magnifique et puisque nous y sommes invités ,je partage mes quelques interrogations …
      En parlant de l’abandon tu cites cette parole de Jésus sur la croix : »mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné » qui donne sens pour toi a l’eucharistie ou nous recevons Jésus ,abandonné pour que nous puissions le prendre en quelque sorte.
      Est ce qu’il s’agit d’entendre que Dieu a abandonné Jésus au seuil de sa vie mortel ? Jésus sans Dieu ?
      que signifie Jésus abandonné de Dieu? ou alors Dieu-trinité abandonné aux hommes ?
      est ce que le moment « clef » ce n’est pas le don de Sa vie( « il rendit l’esprit ») ?ou alors tu veux parler de l’abandon de Jésus a la volonté du Père ,le don de sa vie =l’abandon ? dans ce cas il me semble que ce n’est pas illustré par cette parole de Jésus,et qu’elle signifie autre chose.
      Enfin Simone Weil me titille avec sa définition de l’amour divin (mais il me manque l’ensemble de son texte) » l’amour est retrait,refus de la force,douceur et don ».
      Ok pour » retrait » si ce mot signifie Kénose, en vue de passer a la Vie, mais non absence, pourquoi a t’elle choisi ce mot ?
      ,ok pour refus de la force si cela signifie non -violence,mais l’amour est une force qui peut tout .Quand un jour Jésus guéri ,il sent une force sortir de lui ,on peut parler aussi du souffle de l’esprit le « rhua » la force créatrice ,la force qui repousse les vendeurs du temple ,la force de porter la croix ,d’aller jusqu’au bout.
      ok pour la douceur ,si elle va de pair avec l’humilité ,et comme un fruit de l’amour.
      L’amour de Dieu c’est tellement plus aussi ,qui connait la hauteur ,la longueur ,la profondeur!…
      Et ce « pas de contrainte dans l’Amour » ….mais quand même :OUI libre et joyeux a l’autorité de la parole de Dieu dans ma vie : »Aime! » « choisi la vie! » »prend ta croix et suis moi! »et tant d’autres verbes a l’imperatif ! En Dieu j’ai un Père ,c’est mon berger ,mon Seigneur ,mon maitre….pourquoi ne pas dire la démesure de cet amour qui nous saisi! ,la force ,la folie de l’amour de Dieu pour l’homme!
      aimer c’est « consentir a la distance » !mais surtout désirer plus que tout que nous nous jetions dans ses bras ,dans un coeur a coeur infini !
      Enfin si cet ouvrage s’appelle « Attente de Dieu » c’est qu’elle attendait d’etre visitée ,de se savoir aimée de Dieu » faible et petit  » mais aussi grand et fort et trois fois saint !

      Répondre
      1. Poulet Bio Auteur de l’article

        « Est ce qu’il s’agit d’entendre que Dieu a abandonné Jésus au seuil de sa vie mortel ? Jésus sans Dieu ? »
        Dans cet « abandon » nous contemplons un mystère nous ne pouvons rien dire de sa nature exacte. Le clef c’est pour moi la résonance toute particulière que prend cette phrase dans la dimension eucharistique. Elle m’aide à comprendre la transsubstantiation: pour être intégralement présent dans l’eucharistie ne fallait-il pas qu’il soit intégralement donné, abandonné?

        « Simone Weil me titille avec sa définition de l’amour divin (mais il me manque l’ensemble de son texte) »
        le texte est ici: Attente de Dieu

        « Enfin si cet ouvrage s’appelle « Attente de Dieu » c’est qu’elle attendait d’etre visitée ,de se savoir aimée de Dieu »
        L’ouvrage est un recueil de lettres publiées après sa mort, elle n’en a pas choisi le titre mais la lecture du texte nous permet de comprendre que « Attente de Dieu » désigne l’attitude spirituelle fondamentale de Simone Weil. A condition de l’entendre, non dans un sens passif et définitif, mais comme l’ardente « vigilance du serviteur tendu vers le retour du maître »

        Répondre
  2. Edouard

    Merci pour ce billet très éclairant. C’est un beau cadeau, il n’est pas facile de livrer des choses aussi intimes…

    En réponse à « Isa », je voudrais juste dire comment je comprends « Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné ».

    A mon sens, c’est le sommet de l’incarnation. En effet, que Dieu partage la faiblesse physique, la douleur, la mort, c’est immense, mais ce n’est pas partager notre humanité.

    En revanche, partager la souffrance morale de l’homme, se faire orphelin avec lui, cela fait vraiment du Christ un homme.

    Le Père n’abandonne jamais le Fils, bien sûr. Le Fils ne perd jamais la foi dans le Père. Mais au seuil de la passion il éprouve le sentiment d’abandon, l’angoisse, l’incompréhension qui sont au cœur de notre nature humaine. Sans cela, que voudrait dire « Dieu s’est fait homme » ?

    Répondre
    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      Merci pour votre message, c’est également ce que dit Simone Weil dans ses lettres. Elle parle de cet instant comme la plus grande distance possible dans l’amour, entre le tout amour et la malédiction. Simone Weil dit quelque chose comme: jamais aucun pécheur ne sera à une plus grande distance du Père qu’au moment de la crucifixion. C’est dans cette distance infinie, impossible que peut se comprendre le sentiment d’abandon du Christ.

      Répondre

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