La miséricorde de Dieu, une rencontre avec le Père

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent »

L’Église proclame chaque année dans l’exultet de Pâques: « Heureuse faute d’Adam qui nous a valu un tel rédempteur » c’est donc un mystère joyeux, celui de la miséricorde divine, qui resplendit dans nos ténèbres et qui est rencontre intime et personnelle avec le Père, dont j’ai envie de vous parler.

Dieu est amour, Dieu n’est qu’amour, comme nous l’avons vu dans le billet précédent. Cet amour infini est la source de notre vie et de notre liberté. Dieu ne peut pas s’opposer à l’être aimé, et son appel, son espérance c’est que nous vivions de cet amour, c’est à dire par Lui, avec Lui et en Lui.

Infiniment aimé et infiniment libre de m’engager sur des chemins qui m’éloignent de l’amour du Père, je fais saigner le cœur de Dieu quand je m’oppose à cet amour, quand je le bafoue, quand je le nie car Dieu ne peut se résigner à voir échouer son dessein de me donner la vie en plénitude. (cf la prière de Paul aux éphésiens Eph3,17-19 « (…) que le Christ habite en vos cœurs par la foi et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour. Ainsi vous connaitrez avec tous les saints ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur, vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu. »)

Cette souffrance, cette colère de Dieu devant mon refus, n’est pas traitée avec justice (l’infraction à la loi entraîne un jugement, une sanction, une peine) elle se fait miséricorde. Jean-Paul II, dans son encyclique Dives in misericordia écrit : « la miséricorde se situe, en un certain sens, à l’opposé de la justice divine, et elle se révèle en bien des cas non seulement plus puissante, mais encore plus fondamentale qu’elle« .
Dieu prend sur lui la souffrance inavouée de notre culpabilité, dans le Christ il l’assume solidairement pour chaque pécheur: son pardon ne vient pas d’en haut, il passe par la croix, n’offrant aucune résistance au mal, le Christ l’engouffre dans un abîme de bonté (cf. 1 Pierre 2,21-24).

Le bienheureux pape Jean-Paul II, à propos de la miséricorde dans la parabole du fils prodigue, écrit :
« Ce qui s’est passé, dans la parabole du Christ, entre le père et le fils, ne peut être saisi «de l’extérieur». Nos préjugés au sujet de la miséricorde sont le plus souvent le résultat d’une évaluation purement extérieure. Il nous arrive parfois, en considérant les choses ainsi, de percevoir surtout dans la miséricorde un rapport d’inégalité entre celui qui l’offre et celui qui la reçoit. Et par conséquent, nous sommes prêts à en déduire que la miséricorde offense celui qui en est l’objet, qu’elle offense la dignité de l’homme. La parabole de l’enfant prodigue montre que la réalité est tout autre: la relation de miséricorde se fonde sur l’expérience commune de ce bien qu’est l’homme, sur l’expérience commune de la dignité qui lui est propre. Cette expérience commune fait que l’enfant prodigue commence à se voir lui-même et à voir ses actions en toute vérité (une telle vision dans la vérité est une authentique humilité); et précisément à cause de cela, il devient au contraire pour son père un bien nouveau: le père voit avec tant de clarté le bien qui s’est accompli grâce au rayonnement mystérieux de la vérité et de l’amour, qu’il semble oublier tout le mal que son fils avait commis.
La parabole de l’enfant prodigue exprime d’une façon simple, mais profonde, la réalité de la conversion. Celle-ci est l’expression la plus concrète de l’œuvre de l’amour et de la présence de la miséricorde dans le monde humain. La signification véritable et propre de la miséricorde ne consiste pas seulement dans le regard, fût-il le plus pénétrant et le plus chargé de compassion, tourné vers le mal moral, corporel ou matériel: la miséricorde se manifeste dans son aspect propre et véritable quand elle revalorise, quand elle promeut, et quand elle tire le bien de toutes les formes de mal qui existent dans le monde et dans l’homme. » (Dives in misericordia)

Ce n’est que dans la contemplation de cet amour infini que notre cœur peut désirer se convertir, revenir à la source de l’amour et pour cela, accepter comme le fils prodigue de voir ses actions en toute vérité. La miséricorde vécue par nécessité plutôt que par un transport amoureux qui pousse à nous jeter dans les bras du père ne produit pas les mêmes effets de conversion, de paix et de joie.

Cette contemplation n’est pas passive, elle demande de s’y disposer, de se retirer au fond de soi-même pour entrer dans un cœur à cœur avec Dieu. Beaucoup de retraites sont construites autour de ce mouvement : contemplation de Dieu amour puis de moi pécheur.

Cet examen présente cependant un écueil celui de voir ses « mauvaises actions », ses « infractions » à la loi ou au commandement divin, mais de ne pas voir son péché car il ne faut pas confondre le péché et l’action qui en est le résultat.

Le Psaume 51 nous dit: « Contre toi, toi seul j’ai péché ». Mon péché n’atteint que Dieu tandis que mes actions atteignent aussi l’humanité. Il y a donc un double processus à mettre en lumière et en vérité : le péché d’une part qui appelle la miséricorde de Dieu et l’infraction d’autre part qui appelle à la justice, au pardon et à la réconciliation. L’un nous tourne vers Dieu, l’autre vers l’Homme et les deux sont indissociables et complémentaires dans leurs fruits, l’unité et la paix, la somme de deux produisant la joie, l’action de grâce et la louange.

Je me permets une petite digression pour souligner que nous utilisons souvent abusivement les mots  miséricorde, pardon et réconciliation comme des synonymes alors qu’ils marquent selon moi des attitudes à différentes étapes.

Saint Ignace de Loyola propose dans ses exercices spirituels de demander dans la prière la grâce de connaître son péché, cela n’est pas superflu, Dieu sait ces « passions » (pour reprendre le terme ancien d’Evagre le Pontique) qui nous tiennent éloignés de lui. Dans sa sagesse l’Eglise n’en nomme que sept : les 7 péchés capitaux (Orgueil, Avarice, Envie, Colère, Luxure, Gourmandise, Paresse).
Pour observer son péché, à la lumière de la grâce divine, il suffit de relire ses actions en répétant la question « Pourquoi ? » jusqu’à nommer le péché. Une fois identifiés les péchés qui m’entraînent à la faute, une lumière nouvelle se fait sur ma vie et me permet de prendre la réelle mesure de l’étendue du péché sur mon existence. En effet, la révélation du péché et la méditation de son emprise sur moi m’amènent à considérer bien plus d’actions que celles initialement envisagées.
Ce travail quoique douloureux est salutaire, il est l’indispensable outil de ma conversion. En m’ouvrant à cette vérité que je voudrais tant taire, à cette faiblesse que je veux tant cacher, je reconnais en vérité que « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » ou comme le fils prodigue « Père je ne suis pas digne d’être appelé ton fils ».

C’est la conjugaison de ces deux aspects, d’une part la miséricorde de Dieu et d’autre part la réalité de mon péché et des actes qu’il entraîne, qui forment dans mon cœur le désir si fort de me jeter dans les bras du Père et de me réconcilier avec mes frères (« Si ton frère a quelque chose contre toi, laisse là tes offrandes devant l’autel et va te réconcilier avec lui »).

C’est à ce prix que la grâce miséricordieuse agit, qu’elle devient rencontre intime et personnelle avec le Père, qu’elle permet de trouver la force de la réconciliation avec mon frère. Restauré dans ma dignité d’enfant du Père je trouve l’unité intérieure, restauré dans ma relation fraternelle je trouve la paix et de ces deux fruits naissent la joie, l’action de grâce et la louange qui sont vie dans l’Esprit Saint et participation à la vie trinitaire.

Oui, dans Sa miséricorde Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent :
« Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde ; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras Yahvé » (Osée 2, 21-22)

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