La louange onction de l’Esprit Saint

Entrez dans la louange, recevez l’Esprit Saint

Je poursuis ma méditation sur la foi, après les deux billets précédents, ici et, qui ont vu leur lectorat croître significativement grâce à un « retweet » de Koztoujours, qu’il en soit vivement remercié.

Dans ces billets j’essayais de mettre en relief l’eucharistie comme lieu de rencontre et d’échange avec le Fils et le sacrement de pénitence et de réconciliation comme relation intime avec le Père. Il serait réducteur de limiter les possibilités de rencontre du Père et du Fils à ces seuls sacrements, mais elles sont dans ces sacrements, signes efficaces de la parole prononcée, une réalité tangible vécue dans la foi qui nous porte à la joie et à la louange.
Ce qui est bien avec l’eucharistie et avec le sacrement de réconciliation c’est que l’on peut y revenir souvent, et donc vivre cette intimité tangible au Père et au Fils à une fréquence régulière.
Du coup je me demande quel est le sacrement auquel je peux revenir avec la même fréquence et qui soit le lieu de cette rencontre avec l’Esprit Saint ?
En effet, le sacrement de baptême, celui de la confirmation du mariage ou de l’ordination sont donnés une fois pour toute. Voilà l’objet de cette nouvelle méditation:

La louange ne serait-elle pas le « sacrement* » où se vit la rencontre avec l’Esprit Saint ?

* au sens de signe efficace

Saint Seraphim de Sarov dit dans un entretien avec Nicolaï Motovilov :
« C’est donc dans l’acquisition de cet Esprit de Dieu que consiste le vrai but de notre vie chrétienne. »
Je suis d’accord avec cette affirmation mais en entendant l’acquisition non comme l’obtention de quelque chose que nous n’aurions pas, mais comme l’ouverture du cœur à cette onction que nous avons déjà reçue « Mais elle demeure en vous,l’onction par laquelle il vous a consacrés,et vous n’avez pas besoin qu’on vous instruise.Vous êtes instruits de tout par cette onction,qui est vérité et non pas mensonge :suivant ce qu’elle vous a enseigné,vous demeurez en lui. » (1Jn 2, 27)

Dans l’Eglise orthodoxe, la philocalie, littéralement « l’amour du beau », devenue recueil de méditations, conduit à la prière du cœur qui est cette attention permanente à la présence trinitaire en nous.

A mon sens la louange est une réponse, si ce n’est la réponse à cet « amour du beau, du bien » qui est contemplation de Dieu, de Son œuvre, de Sa bonté. Elle nous pousse hors de nous-même à dire et célébrer avec un cœur d’enfant les mérites et la gloire de Dieu.

Saint Ignace de Loyola écrit dans « principe et fondement des exercices spirituels » : « l’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme »

La louange n’est pas l’exigence d’un Dieu qui veut soumettre l’homme à sa dévotion, mais une condition de son bonheur, de sa plénitude. Le texte de l’évangile de Matthieu (Mt 14, 22-33) peut nous aider à le comprendre. Après la multiplication des pains, Jésus renvoie seuls les disciples sur le lac. La barque est battue par les vagues et les vents contraires. Jésus marche sur l’eau vers les disciples qui prennent peur et se mettent à crier. Voyons les versets qui suivent en détail:
27 « Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! » »
28  « Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau.» »
29  « Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. »
30  « Mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » »
31 « Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » »
32 « Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. »

Dans le texte grec, le verbe « Venir » utilisé par Pierre et Jésus est « Erchomai » ( ἔρχομαι)
Verbe qui au sens métaphorique signifie :
Arriver dans la vie, s’élever, se montrer, avoir une place ou de l’influence
être établi, devenir connu, Venir (tomber) dans ou sur
Aller, suivre quelqu’un

Je trouve ce texte très parlant pour comprendre l’absolue nécessité et la puissance de la louange. Dans notre vie (notre barque) nous affrontons des vagues et des vents contraires qui nous conduisent à prier, à implorer Dieu d’apaiser la tempête de notre vie, et, comme dans le texte, Dieu ne le fait pas immédiatement il répond par « N’AIE PAS PEUR, VIENS » c’est à dire « SORS DE TOI-MEME (ta barque), ENTRE DANS LA VIE (c’est à dire « entre dans la contemplation, l’adoration, la louange »), SUIS-MOI (« Je suis le chemin, la vérité et la vie »)».
C’est le moment de choisir de m’accrocher à ma prière: « Seigneur, je t’en supplie, calme cette tempête » ou bien de sortir de ma barque et d’entrer dans la vie qui est louange de Dieu : « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5, 16-19)

Que produit la louange ? Elle renverse nos faux raisonnements, nos sophismes (2 Co 10, 4)
En nous décentrant de nous même, elle ouvre nos cœurs au désir de Dieu, elle transforme la vacuité en capacité : je deviens « temple de l’Esprit Saint » (1 Co 6, 19).
La louange opère un changement de perspectives, je ne suis plus dans ma barque, je ne suis plus au centre de mon existence. La tempête est toujours là mais je suis à juste distance d’elle, je marche (symboliquement) sur tout ces maux qui m’angoissent, les yeux rivés dans ceux du Christ qui a englouti le mal.
Et ce n’est qu’en persévérant dans la louange, qui met en moi Dieu au centre, que le Christ peut monter dans ma barque et que ma tempête s’apaise enfin. Dans la louange, toutes ces vagues et ces vents contraires s’apaisent en moi car engloutis en Lui. Voilà la vraie puissance de la louange, elle nous soutient et nous permet de garder le cœur tourné vers Dieu même dans la souffrance. (cf. ce billet de Koztoujours sur Etty Hillesum)

Dans la louange, Dieu à toute sa place en moi, il peut donc agir et la manière de faire de l’amour c’est le don. L’Esprit saint est avant tout le don de Dieu: « Demandez, vous obtiendrez (…) combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11, 9 & 13).

« Dieu est Amour » (1Jn 4, 8-16) et ce don de Lui-même est le premier don, il contient tous les autres. Cet Amour, « Dieu l’a répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous fut donné » (Rm 5, 5)

Voici les dons de l’Esprit Saint pour notre vie (Isaïe 11, 2): Sagesse, Intelligence, Conseil, Force, Science, Piété, Crainte de Dieu. Plus nous nous disposons à Lui dans la Louange, dans la prière et plus ces dons portent des fruits (Gal 5, 22): l’amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la douceur, la maîtrise de soi, la fidélité (ou la foi).

Avec saint Paul je voudrai conclure ces trois méditations par cette prière si profonde de foi:

« 14  C’est pourquoi je fléchis les genoux en présence du Père15  de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom. 16  Qu’Il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance par son Esprit pour que se fortifie en vous l’homme intérieur,17  que le Christ habite en vos cœurs par la foi, et que vous soyez enracinés, fondés dans l’amour.18  Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur,19  vous connaîtrez l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu.20  A Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir,21  à Lui la gloire, dans l’Eglise et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen. » (Ephésiens 3, 14-21)

Puissent ces billets aider ceux qui les liront à grandir dans le désir de l’eucharistie, de la miséricorde et de la louange.

 

 

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