L’hiver du monde

Je romps plusieurs mois d’un silence que je m’étais imposé avec l’entrée en vigueur du nouveau code déontologie, pour lequel je ne voulais pas faire l’inauguration d’une jurisprudence. Je m’en tiendrais donc à des propos mesurés.

Des populations se meurent sous les bombes des états ou la folie barbare de rebelles fondamentalistes dans un étourdissant silence légèrement perturbé par une indignation feutrée. L’hiver du monde, pour reprendre le titre d’un roman de Ken Folett, s’abattrait-il à nouveau sur nos têtes?

Quelle différence y-a-t-il entre les évènements de Gaza, d’Ukraine, d’Irak, du nord Sahel, d’Egypte et de tous les pays où des populations souffrent?

IL N’Y A AUCUNE DIFFÉRENCE LA CAUSE EST PARTOUT IDENTIQUE.

On peut lire des centaines d’analyses sur les causes des conflits qu’ils soient de courte durée et à l’échelle d’une ville (Sarcelles) ou qu’ils soient à l’échelle d’un pays, d’un continent, du monde même. Ces analyses seront fausses si elle ne prennent pas en compte le moteur même de tous les conflits: LE REFUS DU PARTAGE.

Ce n’est donc pas une question de nationalisme, de religion ou d’histoire, c’est une question d’argent, de pouvoir et de gloire et ceux qui poursuivent ces buts utilisent les notions identitaires, ethniques ou religieuses, pour accroître leurs possessions, leur domination ou satisfaire leur ego.

Pourquoi l’EIIL en Irak veut instaurer un califat moyenâgeux? Parce que les pays arabes disposent de richesses inouïes possédées par une minorité, sans partage. Le replis vers le mythe religieux d’un califat doré où chaque musulman vivait heureux devient le motif qui légitime une violence barbare au détriment des populations chrétiennes ou chiites.

Pourquoi Israël met tout en œuvre pour conserver sa puissance territoriale? Parce qu’un état moderne doit disposer des moyens de son auto suffisance, agraire (donc terre & eau) et énergétique. Pensez-vous que le gouvernement israélien est disposé à partager voir à céder des ressources en eau et des terres? Dans cette zone aride, celui qui contrôle l’eau a le pouvoir.

Croyez-vous qu’il y ait une différence avec le conflit entre l’Ukraine et la Russie? L’approvisionnement en gaz naturel Russe, de toute l’Europe, passe par l’Ukraine, l’enjeu et encore une fois l’argent et le pouvoir.

Croyez-vous que cela soit différent dans les conflits économiques, sociaux, etc ? Non, bien entendu. Le conflit naît d’un refus de partage qui devient refus d’écoute et de négociation et qui dégénère en frustration puis en haine.

Lorsque nous considérons ceci et que nous mesurons à l’aune du partage en vue du bien commun l’expression politique, française ou étrangère nous prenons conscience de ce que nous sommes bien souvent gouvernés non par des personnalités altruistes mais par des hommes et de femmes, qui, dans leur faiblesse, se laissent soumettre aux trois marches du chaos: l’argent, la gloire, le pouvoir.

Et nous? N’avons nous pas quelques ambigüités avec le partage?

Il faut relire avec un sentiment d’urgence Paul Ricoeur et Marcel Hénaff. Cette lutte pour la reconnaissance et l’économie de don est la véritable urgence du siècle et un appel à l’aventure pour l’Homme, c’est à dire les hommes et les femmes d’audace et de don.

Il s’agit d’un passage, celui de l’économie d’échange à l’économie de partage voire à un niveau supra-éthique qui est celui de l’économie de don.

Rien ne meurt, mais tout doit passer par la mort.Il faut mourir pour vivre. Si tout ne nous est pas enlevé, nous ne saurions jamais que tout nous a été donné.
d’après J. Bastaire

 

 

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