Le déclin du courage

C’est le titre de publication d’un discours « prophétique » prononcé par Alexandre Soljenitsyne à la sortie de promo de Harvard en 1978. Loin de faire l’éloge du pays qui l’accueillait il se lançait dans une critique singulière des sociétés occidentales. 37 ans plus tard ce discours n’a rien perdu de sa fraîcheur (extrait).

A l’heure où nous vivons un profond conflit de cultures et de civilisations entre l’islam radical et l’occident « croisé », à l’heure où la société occidentale se divise sur des questions d’éthiques (mariage pour tous, PMA, GPA, euthanasie, recherche sur les cellules souches, etc) et sur la place de l’homme dans l’économie mondial, ce texte est une profonde inspiration.

Ce qui est le plus étonnant à mes yeux c’est de retrouver dans cette critique de l’occident une partie du discours tenu par Sayyid Qutb dans son ouvrage Ma’âlim fî al-tarîq (Repères sur le chemin), après qu’il eut passé deux ans aux états unis entre 1948-1950 :

« Nous étions une minorité nous réclamant de l’islam en Amérique, au cours des années que j’y ai passées. Certains prenaient une position défensive de justification de leur islam. Mais moi c’était tout le contraire, je suivais une position offensive contre cette ignorance anté-islamique moderne et occidentale, avec des croyances religieuses bafouillantes et des situations sociales, économiques, morales désastreuses. (…) Et ce capitalisme d’accumulation, de monopoles, d’intérêts usuriers, tout d’avidité ! Et cet individualisme égoïste qui empêche toute solidarité spontanée autre que celle à laquelle obligent les lois ! Cette vue matérialiste, desséchée, minable de la vie ! Cette liberté bestiale qu’on nomme la « mixité » ! Ce marché d’esclaves nommé ‘émancipation de la femme’, ces ruses et anxiétés d’un système de mariages et de divorces si contraire à la vie naturelle ! Cette discrimination raciale si forte et si féroce ! En comparaison, quelle raison, quelle hauteur de vue, quelle humanité en islam ! »

N’oublions pas que le sieur Qutb est l’idéologue des frères musulmans et le principal pourvoyeur d’arguments en faveur du jihad au XXe siècle. Sa pensée (cf. Fî Zilâl al-Qur’ân « Sous l’ombre du Coran ») a été largement utilisée par les organes terroristes dont Al Qaeda ; pour justifier leurs actes au nom même de l’Islam, elle est aujourd’hui encore largement diffusée au sein même de l’union des organisations islamiques de France (UOIF).

Tout cela m’interroge, bien sûr, et me pousse à réfléchir au-delà des lieux communs sur la situation actuelle de notre pays. Ces enfants qui refusent de faire la minute de silence en classe sont les marqueurs de ce conflit culturel entre la France (occidentale et meneuse des croisades) et ses rejetons élevés dans une pensée et une culture anti-occidentale (et toutes les volontés d’intégration n’y feront rien car la famille est et restera le lieu de l’éducation).

Comme l’ont montré les événements autour du mariage pour tous, la société française est très partagée sur ses propres valeurs et ce clivage interne à la population occidentale est lui aussi un marqueur de la désintégration de la cohésion nationale

Nous ne pouvons penser l’avenir, nous ne pouvons envisager les questions de cohésion nationale en faisant l’impasse des questions fondamentales et essentielles que constituent la culture et les valeurs qui définissent le socle ANTHROPOLOGIQUE de notre vie commune.

Comprendre la France, c’est embrasser, sans fausse culpabilité, son histoire, toute son histoire, barbare et romaine, monarchique et ecclésiale, révolutionnaire et sanguinaire, impériale, colonisatrice et humaniste, etc.

Ce n’est que dans la transmission objective de son histoire et de ses valeurs que se fonde l’identité d’un peuple, pas dans une histoire ou une culture fantasmée ou culpabilisante.

A partir d’une histoire et de valeurs connues et reconnues se dessine une ligne directrice pour l’avenir, dans laquelle la France peut construire son destin et choisir de ne pas être un pion sur un échiquier commercial mondial, réduisant l’homme à un moyen de production et à un consommateur, reléguant le spirituel à la sphère de l’intime c’est à dire à la négation, reléguant l’éthique à un frein économique.

C’est dans ce dessein ou cesse la négation du transcendant et le règne de l’économique, du matérialisme, du nihilisme et  de l’hédonisme que les cultures spirituelles peuvent vivre en compatibilité, que l’homme peut vivre d’une espérance renouvelée.

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Une réflexion au sujet de « Le déclin du courage »

  1. Stéphane

    Bonjour. Je me permets ici un commentaire personnel (ça devrait être ok, vous n’avez malheureusement rien publié pendant un certain temps, je crains que votre audience en ait souffert) relatif à vos deux derniers billets : entre un gouvernement des premiers de la classe (mais très éloigné d’une aristocratie), intelligents mais qui penchent vers le populisme par manque de projet et de charisme, un partie de la société passablement malhonnête et une autre partie dépourvue de toute éducation sérieuse mais absolument convaincue de son droit et de sa capacité à exprimer un avis sur tout… Et ! Bien, vous, aux premières loges des soubresauts que votre métier doit soigner, devez passablement souffrir. Je vous souhaite patience et confiance en l’avenir. Merci pour vos essais dans l’intervalle !

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