Islam : la réforme est dans l’impasse du dogme

Que ce soit du côté juif ou chrétien, il y avait jusqu’au jusqu’au XVIIe siècle, grosso-modo, une certitude quant à l’authenticité de l’origine mosaïque du Pentateuque (les 5 premiers livres de la Bible chrétienne qui constituent également la Torah juive). Cela conférait au texte une dignité et un caractère irréprochable sur le plan historique et sur la dimension anthropocentrique de l’univers (cf. Galilée)

L’exégèse historico-critique a permis de mettre en évidence l’origine anachronique de ces cinq livres par rapport aux autres livres de la tradition hébraïque (livres historiques, livres poétiques et livres prophétiques) et leur rédaction tardive. Ce travail a eu pour effet de resituer la portée du texte : un ouvrage mythique et symbolique « inspiré » par Dieu.

Dans le cas du Coran, l’exégèse historico-critique est impossible  au sein même de l’Islam, mais des exégètes hors islam travaillent sur le texte coranique dans la limite de l’accès aux sources permises par les pays musulmans où elles sont détenues. Cette impossibilité tient au dogme que le Coran pose sur lui même : « En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien. » (Coran 15,9). Le Coran est la parole de Dieu, incréée et protégée par Lui : il est d’origine divine et n’a donc pas pu être falsifié ni altéré.

Nous constatons donc qu’aujourd’hui, tandis que les récits du pentateuque sont considérés sous l’angle mythique et symbolique mais inspirés, l’Islam considère toujours les récits issus de cette même tradition comme parfaitement authentiques, historiques et véridiques. Que ce soit le récit de la création du monde où celui du déluge, tout est parfaitement vrai puisque c’est dans le Coran.

C’est cette immuabilité de la nature même du texte coranique qui empêche tout changement de perspective dans sa lecture et sa compréhension et interdit toute réforme en Islam. Le texte coranique ne sera jamais vu par les musulmans comme mythique ou symbolique, il est vrai point.

On notera au passage que l’exégèse historico-critique n’a détruit ni le judaïsme, ni le christianisme, elle a juste permis de comprendre les erreurs de compréhension du passé, de réhabiliter les personnes qui combattaient le dogmatisme étriqué contre le rationalisme et la compréhension scientifique. Bref l’exégèse a permis aux juifs et aux chrétiens d’être un peu moins « cons » et c’est pour cette raison qu’ils continuent à faire ce travail à la lumière de l’avancé de nos connaissances scientifiques.

Si je vous parle de tout cela, c’est parce que certains musulmans, proches des frères musulmans, se présentent comme réformateurs. Ils condamnent les attentats et la vision salafo-wahhabite de l’Islam et proposent une argumentation plus pondérée qu’ils appellent « la voie de la médianité » « al-wassatiyyah » dans laquelle bien sûr l’Islam est la religion de tolérance et de paix compatible avec la démocratie qu’elle a d’ailleurs toujours été.

Il y a là une taqiya grossière, cette voie médiane n’est pas réformatrice elle est historiquement celle prêchée par l’école hanbalite. En Europe et dans le monde le principal défenseur de « al wassatiyyah » n’est autre que le cheik Yussuf al Qaradawi dont on trouvera les nombreuses vidéos qui témoignent de sa vision moderne et réformatrice.

Ne vous laissez pas abuser par ceux qui prêchent la tolérance, la paix où encore l’amour, les seuls réformateurs en Islam sont ceux qui disent ouvertement que le Coran n’est pas un livre « descendu ». Ils sont peu nombreux et sont tous des apostats pour le reste du monde musulman.

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