L’Esprit du 11 janvier, l’autre visage du terrorisme

« La France c’est l’élément démocratique, la France c’est la République chevillée au corps. La France c’est une liberté farouche. La France c’est la conquête de l’égalité. La France c’est une soif de fraternité. Et la France c’est aussi ce mélange si singulier de dignité, d’insolence, et d’élégance.
Rester fidèle à l’esprit du 11 janvier 2015 c’est donc être habité par ses valeurs. »
Manuel Valls, le 13 janvier 2015

Que ne ferait-on pour faire vivre « l’esprit du 11 janvier » ?

A vu de nez et selon mes premières estimations à la louche, l’esprit du 11 janvier tend jusqu’à présent à pousser un peu plus loin les ressorts du terrorisme intellectuel.

Après un premier acte très compassionnel au son d’un « Pas d’amalgame » qui fleurait bon l’inconscience (voir ici) nous passons sans transition à l’acte II, l’amalgame délirant :

J-M. Le Guen sur BFMTV le 1er février (face à F. Philippot) : «C’est pas vous qui luttez contre le fondamentalisme islamique. Au contraire. Au contraire, vous y trouvez vos principaux soutiens. Justement. C’est eux qui ont manifesté avec vous à La Manif Pour Tous et dans les mouvements contre le mariage pour tous. Ce sont ces fondamentalistes que vous êtes allés chercher dans un certain nombre de mouvements pour appeler à voter contre des candidats de gauche qui étaient pour des lois de progrès et de laïcité.»

Dans la même veine le réseau RSF publie une proclamation sur la liberté d’expression qu’il intime de signer aux autorités religieuses. Il s’agit ni plus ni moins que de demander aux principales victimes de l’outrance permise au nom de la liberté d’expression d’apporter leur soutien inconditionnel à ceux qui en sont les auteurs. Je ne m’étendrai pas sur ce sophisme, Koztoujours a publié un excellent billet là dessus.

A ce stade il est bon de rappeler que le terrorisme intellectuel ou police de la pensée vise par des arguments intellectuels non pas à faciliter la liberté d’expression mais à la limiter. Les moyens déployés (copie wikipédia) sont généralement :

  • l’assimilation (improprement nommée amalgame) (cette idée est prétendument proche ou similaire à cette autre idée haïssable, donc elle est elle-même haïssable)
  • le procès d’intention (l’interlocuteur n’est pas condamné pour ce qu’il fait ou dit, mais pour les « intentions cachées infâmes » qu’on lui attribue et dont il peut d’autant moins se défendre qu’elles sont décrites comme hypocritement dissimulées)
  • l’argument de l’épouvantail (cette idée est défendue par cette personne ou une quelconque organisation haïssable, donc elle est elle-même haïssable)
  • les propos injurieux (bien qu’ils soient réprimés, il est toujours possible de jouer sur les limites, ou sur le contexte et les connotations différentes du même mot ; ainsi, dire que les idées de quelqu’un sont celles d’un parti mal vu mais autorisé ne relève pas de la diffamation)
  • tous les arguments ad personam, ad hominem, possibles
  • l’exploitation de tabous
  • l’argument d’autorité, dissimulant son caractère fallacieux et désinformateur

Quant à l’acte III il est déjà en marche, grâce à l’interventionnisme opportun du ministère de l’éducation nationale. L’enseignement renforcé de la morale et des rites laïcs assortis de punitions incompressibles pour les éléments récalcitrants.

C’est fou que l’inconscient collectif, frappé de stupeur par des événements anxiogènes, succombe à ce terrorisme intellectuel et admette des entraves au principe même de sa liberté d’expression, au nom de celle-ci. Sommes-nous devenus fous?

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin

Vous avez aimé? partagez-le:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *