Le problème c’est l’Islam modéré

Le choix d’un tel titre peut paraître provoquant pourtant ce n’est pas son but, je suis persuadé de sa justesse mais cela n’engage que moi.

Les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui, face à l’Islam, tiennent pour l’essentiel à l’incapacité des politiques, des journalistes et des commentateurs à tenir un discours lucide et cohérent. Certes, la très grande majorité des musulmans de France (et d’ailleurs) s’oppose au terrorisme et cette communauté pacifique se trouve elle-même visée par les terroristes et soupçonnée de complicité si elle ne professe pas publiquement et énergiquement sont opposition au terrorisme.

J’en profite pour affirmer que ceux qui exigent des musulmans l’affichage public de leur opposition au terrorisme sont des imbéciles.

Du coup, ceux qui ne tombent pas dans cette nullité se retrouvent dans l’obligation de couper en deux l’Islam entre Islam orthodoxe (fondamentalisme islamique) et Islam modéré et c’est tout aussi bête. Autant il est simple de savoir ce qu’est l’Islam orthodoxe car la théologie islamique est connue et vieille de 1400 ans autant personne ne sait ce qu’est l’Islam modéré. Il n’y a pas d’exégèse du Coran et des Hadiths qui soit propre à un courant de l’Islam qui serait dit modéré. L’ensemble des musulmans sunnites partage, quelle que soit l’école juridique, la même tradition et le même corpus doctrinal ils divergent juste sur des interprétations spécifiques de ces textes.

L’Islam de DAESCH, d’Al-Qaida ou de l’Arabie Saoudite a le mérite d’une référence littérale au corpus doctrinal (école hanbalite), l’Islam modéré, lui, se contente de citations approximatives et largement coupées ou décontextualisées du Coran et de la sunna sans se référer à l’une des quatre écoles juridique.

C’est donc des musulmans modérés que vient le problème : « leur » Islam est largement fantasmé et ne repose sur aucune exégèse (Tafsir). C’est une sorte de fourre-tout théologique qui prend dans le Coran et la sunna ainsi que chez les savants traditionnels les parties qui correspondent à « leur » vision de l’Islam et délaisse le reste. On voit bien sur les plateaux de télé, qu’ils désertent de plus en plus, leur difficulté à faire face aux questions posées sur certains passages du Coran ou sur certains hadiths. Leur vision modérée se heurte à la réalité du texte et ils ne peuvent qu’argumenter en effets de manches : « il faut replacer ce texte dans son contexte » ; « ce qui était valable dans le contexte de l’époque ne l’est pas aujourd’hui » et ils se gardent pourtant de faire ce travail de contextualisation.

Les musulmans modérés sont des funambules de l’exégèse, ils marchent en permanence sur un fil tendu entre les rives de l’Islam traditionnel et celle de leur vision fantasmée de l’Islam.

L’urgence serait que ce courant modéré majoritaire produise une exégèse du Coran et de la sunna sur laquelle l’ensemble de la communauté musulmane modérée se retrouverait. On peut en rêver mais cela n’arrivera pas. Le premier obstacle tient au fait qu’il n’y a ni organisation, ni hiérarchie du clergé musulman. Le premier qui se lèvera pour dire « moi je vais travailler sur une exégèse du Coran pour les musulmans modérés » se fera immédiatement apostasier par un grand nombre de « savants » musulmans parmi lesquels ceux qui se disent eux-mêmes modérés (l’UOIF par exemple) : Takfir ! Khawarijj ! Voilà ce qui attend celui qui osera sortir la tête du rang !

En second lieu, une réforme profonde de l’exégèse islamique implique un travail historico-critique qui est dangereux en Islam et pour l’Islam. Ceux qui s’y risquent aujourd’hui ne sont pas musulmans. En effet la recherche historico-critique implique de se pencher sur les sources de l’Islam et de se poser les bonnes questions.

Prenons l’exemple d’une question qui gêne le travail historico-critique en Islam : « Pourquoi personne n’a entendu parler de Mahomet, de l’Islam ou de la Mecque pendant le siècle qui a suivi la mort de Mahomet ? »

Mahomet, comme le prétend sa biographie est mort en 632, l’empire arabe a conquis Jérusalem, capitale mondiale de la foi et lieu de foisonnement spirituel et théologique, en l’an 637 soit 5 ans après la mort de Mahomet. Pourtant personne à Jérusalem à cette époque ne mentionne quoi que ce soit au sujet de l’Islam, ou de Mahomet ou de la Mecque. On parle des arabes qui ont conquis la ville mais sans faire mention de leur religion ni de leur prophète ! Il faudra attendre l’an 685 pour voir apparaître le nom de Mahomet sur la monnaie de l’auto proclamé commandeur des croyants Abd Allah ben az-Zubayr et attendre 750 pour entendre parler de la Mecque et d’Islam !

En effet les éléments les plus anciens que nous possédions sur la vie de Mahomet ont été écrits par Ibn Ishaq seulement en 750 … mais son travail a été perdu, et n’est disponible que par morceaux dans une recension plus tardive de Ibn Hisham qui est mort en 834, soit deux cents ans après la mort du Prophète.
On dit qu’il y a six recueils corrects et authentiques de traditions Hadith sur la vie du Prophète … mais ils ne datent que de deux à trois siècles aprés sa mort (leurs auteurs sont morts entre 870 et 915). Et un critique du dixième siècle a souligné la faiblesse de deux cents traditions incorporées dans les recueils de hadiths de Muslim et Bukhari, qui pourtant passent pour sérieux.

L’histoire musulmane est une hagiographie mythique et l’Histoire a oublié l’origine de l’Islam. Ceux qui s’y risquent ont toute ma sympathie. Pour moi il ne fait aucun doute que l’Islam est le produit de l’empire arabe et qu’il est bien postérieur à Mahomet.

Bref je n’ai aucun espoir pour les musulmans modérés, qui ont toute mon amitié, le travail de réforme en Islam est impossible !

Il ne leur reste est fait qu’une option : devenir des musulmans orthodoxes ou quitter l’Islam !

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6 réflexions au sujet de « Le problème c’est l’Islam modéré »

  1. Antoine

    Est-ce que les Musulmans modérés ne feraient pas du syncrétisme comme le font certains catholiques ? C’est à dire qu’ils prendraient ce qu’ils pensent de bon dans les autres religions pour se les appliquer à eux-mêmes sans vraiment réfléchir sur leur signification même.

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      Les musulmans ne sont pas syncrétistes, mais l’influence des droits de l’homme dans les pays occidentaux poussent ceux qui y sont intégrés à oublier les passages génants de la tradition islamique ou à en changer le sens où encore la portée. La grande majorité des musulmans ne lit pas les sources de la tradition et les imams des mosquées ne commentent souvent que des passages hagiographiques de l’histoire musulmane et focalisent surtout sur la dimension rituelle notamment le Haram et le Hallal.

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      1. Antoine

        Ah d’accord ! Comme ils n’appliquent pas entièrement le Coran dans toute sa globalité et de manière littérale, ils sont aussi considérés comme des non musulmans par les groupes djihadistes comme l’EI ou Al Qaïda par exemple, n’est-ce pas ?

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        1. Poulet Bio Auteur de l’article

          C’est un peu ça mais la stratégie des djihadistes consiste à provoquer la haine contre les musulmans dans les pays occidentaux afin de provoquer les musulmans « modérés » a rallier la cause de la Oumma, la communauté musulmane. Ils ne sont donc pas considérés comme non musulmans mais comme de mauvais musulmans qui ont vocation à réintégrer l’islam véritable des pieux prédécesseurs dans le but d’étendre l’islam sur toute la terre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de mécréant et d’associateur.

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  2. Pavalek

    Une analyse intéressante, ça rejoint un peu celles d’Aldo Sterone. Je déplore juste le fait que, si on s’en tient à la conclusion, y a pas vraiment de solution en fait…et j’ai du mal à admettre ça. Je crois que le cerveau est pas formaté pour faire face à des problèmes sans solution.

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