Devenir policier aujourd’hui

J’ai reçu hier le commentaire d’un jeune homme de 17 ans qui s’interroge sur une carrière policière, voici son commentaire:

« Bonjour, j’ai 17ans. Je suis en Terminal ES et je pense intégrer la FAC de Droit la rentrée prochaine (2017). Je vous avoue que votre « ex »-métier, me fascine, me transcende ! Je pense, j’en ai l’intime convictions, je vais rentrer dans la police. J’ai participé à des manifs, vu la violence, vu la malhonnêteté de certains flics, vus des émissions bidons sur la police (M6 / NRJ12), j’ai vu la violence d’état, je vous ai vu défendre l’état, les patrons, les banquiers, les GROS trafiquants ! J’ai deviné les suicides, la politique du chiffre, la pression, les insultes, les crachats, la mauvaise ambiance, la détérioration du métier, des conditions de travail, de vie !
Pourtant, le prestige de l’uniforme, l’arme, le fait de représenter la tranquillité public, de faire chier les cons qu’aiment pas les flics, aider la « veuve et l’orphelin » vivre la misère, réprimer la délinquance (les voir recommencer en toute impunité) tout ça me fait peur, je veux avoir une vie agréable, je veux pas me suicider et perdre tous les miens pour ne pas être respecté par les autres.
(Petite aparté désolé je n’ai pas de plumes, j’écris en listant ou je formule mal)
Bref, j’adore déjà ! J’ai fait de nombreuses démarches (forum de l’étudiant, orientation, discussion avec un flic fort sympathique et visiblement honnête). Mais je vous avoue être dans le flou, je veux être fonctionnaire (servir mon « pays ») mais la Police… ça fait flipper.
Alors je me suis dis : Pourquoi pas officier (salaire assez bon direct, moins les mains dans la merde, un peu de management) ! Je me suis renseigné et on m’a dit que c’était bien mais on voyait peu le terrain et qu’on faisait pleins de paperasse (MÊME PAS PEUR. Gardien de la paix, c’est plus physique, plus sur le terrain mais c’est 1400 euros, on est simple exécutant bête et méchant on vit la répression des deux cotés au quotidien.

Pouvez vous m’éclairer s’il vous plait ? Un petit oui ou non, un simple conseil »

Voici ma réponse à son commentaire

Cher jeune,

Permets-moi de te tutoyer, tu as l’âge de mon fils et tu veux devenir un collègue. Permets-moi également de rectifier ton commentaire: ce n’est pas mon « ex » métier, je suis toujours policier en activité.

En lisant la première partie de ton commentaire je réalise à quel point la jeunesse dont tu fais partie n’a en fait pas vu ni vécu grand chose! Vous vivez dans une sorte d’ubiquité du réel et du virtuel où se mélangent les informations (et désinformations) du présent et celles virtuelles véhiculées par les réseaux sociaux. Vous pensez savoir et comprendre ce que vous ignorez. Comme en bien peu de lignes tu arrives à mettre bout à bout tout un tas d’idées préconçues et de jugements à l’emporte pièce! Laisses moi te guider vers une réalité plus objective que celle que tu décris et te faire découvrir un autre visage du métier où tu te sens appelé.

Nous vivons dans un état de droit qui s’architecture juridiquement sur deux textes majeurs: la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la constitution du 4 octobre 1958. L’article 12 de la déclaration des droits de l’homme stipule:

« La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

Quant à l’article 20 de la constitution:

« Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation.
Il dispose de l’administration et de la force armée.
Il est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50. »

Donc tu as vu la violence des policiers et celle de l’Etat! Mais t’es tu posé la question de savoir si cette violence était nécessaire, justifiée et légale? Vois-tu, dans une société très médiatisée où beaucoup de vidéos circulent, il y a malheureusement très peu de décodage juridique des situations montrées laissant le spectateur arbitre moral. Pour te donner un exemple de la problématique, je m’appuierais sur les manifestations puisque tu mentionnes cela dans ton commentaire. L’article 10 de la déclaration des droits de l’homme dit:

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

Si le droit de manifester est consacré constitutionnellement son exercice est cependant limité par la loi. Ainsi le fait de continuer à manifester après que l’ordre de dispersion ait été donné et que les sommations d’usage ont été faites de manière règlementaire constitue un délit (articles 431-4 et 431-5 du Code pénal). Si tu creuses un peu la question en regardant les vidéos où les policiers font usage de la violence, tu considèreras peut-être que celle-ci n’est pas illégitime au regard de la loi. Etre policier c’est d’abord assumer pleinement le respect de la loi et ce n’est pas le policier qui écrit la loi mais le législateur élu par le peuple. Certes il y aura toujours des policiers qui agissent hors cadre légal, ils sont minoritaires et ne font pas honneur à la profession.

Nous ne sommes donc pas au service des banquiers, des patrons et des gros trafiquants mais bien exclusivement au service de la loi qu’il s’agisse d’ordre public où d’enquêtes judiciaires, et le code de déontologie de la sécurité intérieure consacre dans son article R. 434-5 le droit de ne pas obéir à un ordre illégal :

« I. – Le policier ou le gendarme exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu’il reçoit de l’autorité investie du pouvoir hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. »

Si tu t’engages au service de la loi en devenant policier ou gendarme, ton travail quotidien sera de faire face à ceux qui ne la respectent pas, qui l’enfreignent délibérément ou non. Tu seras confronté au quotidien à la violence verbale et physique, aux crachats, aux jets de pierres ou d’engins incendiaires. Tu connaîtras la peur en intervention mais aussi la solidarité de tes collègues et peu à peu tu grandiras et tu apprendras à l’affronter, te connaissant chaque jour un peu mieux toi-même et faisant chaque jour un peu plus confiance à ceux qui partagent tes missions.

Tu réaliseras alors que le plus dur dans le métier c’est de faire face aux victimes, vivantes ou mortes. Tu vomiras devant un cadavre en décomposition, tu pleureras devant la dépouille d’un enfant tué par un automobiliste ivre sans permis où devant celle de l’un tes collègues tué en service.

Enfin tu connaitras les plus grandes joies que la vie professionnelle peut apporter: sauver une vie, arrêter un criminel dangereux, clore une affaire sensible après avoir travaillé sans sommeil plusieurs jours d’affilée, etc.

Tout cela n’a donc rien à voir avec le prestige de l’uniforme, « faire chier les cons » ou même « aider la veuve et l’orphelin ». En fait ce métier a tout à voir avec « donner un sens à sa vie » , c’est exigeant, c’est difficile et c’est lourd à porter quand on revient chez soi avec des images insupportables dans la tête et que l’on ne peut pas partager ces horreurs en famille. Il faut donc être équilibré, capable de mettre de la distance entre le boulot et sa vie personnelle pour tenir le coup dans les moments sombres que nous rencontrons, il faut aussi accepter de s’appuyer sur les collègues quand on doit se vider du trop plein. Pour cela les policiers aiment et savent faire la fête!

Enfin et pour terminer sur ton interrogation entre gardien de la paix et officier je te dirai que les meilleurs chefs sont ceux qui ont connu le bas de l’échelle. On peut être gardien de la paix et devenir officier (concours externe ou interne). Pour ce qui est de passer directement le concours d’officier il y a beaucoup de candidats mais peu d’élus (moins de 40 places par an actuellement) idem pour le concours de commissaire. C’est sûr que les officiers et commissaires sont plus dans la paperasse administrative et technocratique que dans l’opérationnel, quoique certains boulots sont très opérationnels.

Voilà j’espère t’avoir un peu éclairé

PouletBio

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6 réflexions au sujet de « Devenir policier aujourd’hui »

  1. Gaboriau

    Effectivement la fougue de la jeunesse m’a emporté.
    Merci de votre réponse, j’hésite encore entre officier et gardien de la paix ! Le doute est là…
    Est ce simple d’intégrer des unités opérationnelles en début de carrière en étant officier (pour aller sur le terrain) ? J’imagine qu’il faut de l’ancienneté et monter en grade.
    Et l’ampleur de la paperasse est-elle si gênante que ça ? C’est sensiblement différent du poste de gardien de la paix ?

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      La logique veut que l’on se prépare à passer tous les concours (selon le niveau d’étude): gardien, officier, commissaire…. Pour un officier le début de carrière est assez opérationnel en général, c’est après que cela se gâte! Mais pour certains passé la quarantaine être assis dans un bureau c’est le pied, d’autres s’y résignent et quelques uns rêvent de retourner sur le terrain!
      And so life goes on!

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  2. Rolland

    Commencer à moins de 2000 boules par mois, prime de risque incluse, bosser week-ends et jours fériés, même de nuit, pour 90 ct d’euro l’heure, ne pas avoir de 13eme mois ni de primes de vacances, vouloir interpeller des voleurs mais se voir intimer l’ordre de n’en rien faire, de peur de declencher des émeutes, constater que dans l’esprit des gens tu sers qu’à mettre des PV quand tu payes les tiens et qu’à part dans les séries policières de ta télé ce sont les bleus qui se tapent principalement le boulot et qui sont dehors H24 et par tous les temps, qui cauchemardent pendant des mois après avoir ramassé un cadavre d’enfant, que les seuls psys à ta disposition sont Johnny Walker et William lanson, et voir la presse parler de bavures quand des années après un énième jugement il n’y a aucune ligne dans les journaux reconnaissant ta légitime défense, voir les collègues tomber pour ne pas avoir osé sortir ou se servir de leur arme, de peur d’être jetés en pâture aux médias, vouloir faire ton boulot correctement et te rendre compte des années après que ceux qui s’en foutent se portent mieux que toi et ont peut être raison…

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      Cela reste mieux payé pour un recrutement niveau BAC qu’une infirmière (BAC +3) avec les mêmes contraintes horaires et la même tarification pour le travail de nuit. Il n’y a pas de 13e mois dans la fonction publique et on le sait avant d’y entrer!
      Effectivement il y a des déceptions et des désillusions mais on n’est pas obligé de s’auto-soigner au whisky! I
      C’est pourquoi j’insiste sur la capacité à pouvoir prendre de la distance entre vie personnelle et vie professionnelle c’est le point d’équilibre nécessaire pour faire ce métier.

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      1. Rolland

        Même statuts même manque d’effectifs, je soutiens le personnel soignant, en plus ils font les frais du laisser-aller général et de la culture de l’excuse..pour le sky c’était de l’humour, vous devez voir pire que nous..

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  3. Clara

    Bonjour,

    Quant est-il du premier article de la déclarations des droits de l’homme : Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

    Permettez moi une petite rectification, le policier n’obéit pas à la loi mais aux ordres…

    Les ordres, venant effectivement des personnes élues, sont destinés a montrer qu’ils ont fait du bon boulot à la fin de leur mandat, c’est ce qui se fait appeler « le chiffre ».

    On voit donc apparaître des pratiques policières qui n’ont en aucun cas le but de renforcer la sécurité c’est à dire la persécution des quartiers défavorisés, des contrôles à répétitions aux faciès, violence démesurées en manifestations…

    Désolé mais tout ceci n’est pas des déviance policière mais bien des politiques organisées…

    Je rajouterai que depuis la nuit des temps, des policiers ont fini par tirer sur le peuple qu’ils protègent car les ordres se voulaient dans ce sens, et demain en France ça arrivera aussi, vous n’êtes en aucun cas différents des centaines de milliers de policiers avant vous qui ont permis la continuité de centaines de dictatures.

    Bien joué

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