Voile, discrimination et laïcité… Lallab suite et fin

Je ne pensais pas continuer à écrire sur l’affaire Lallab mais j’ai reçu en commentaire du précédent article une affirmation du journaliste Laurent Grzybowski du journal chrétien La Vie (groupe Le Monde) à laquelle je souhaite répondre.

Voici son affirmation :

« Je vois cependant un point faible dans votre argumentation: vous affirmez que Lallab combat la laïcité. Cette affirmation relève me semble-t-il d’un postulat pour ne pas dire d’une posture. »

Avant de clore le sujet Lallab je voulais répondre à Laurent Grzybowski en précisant ma pensée.

Tout commence par la question du voile, omniprésente dans le discours auto-déterministe de Lallab. Ce voile est singulier puisqu’il est une prescription divine, enfin par pour tous les musulmans car il y a plusieurs interprétations des deux versets majeurs du Coran sur le voile :

Ces versets sont : Coran 33 : 59 et Coran 24 : 31 pour les interprétations divergentes on peut suivre ces liens : Non port du voile, Havre de Savoir (UOIF) 1 & 2, Salafistes, Oumma.com

Interprétations divergentes impliquent des tenues divergentes : rien du tout, simple foulard, Hijab / Al Hamira, Tchador (Iran), Niqab, Burqa, etc.

Le verset 33:60 qui suit immédiatement le 33:59 précise que le port de ce voile est distinctif : « Pour être reconnue » (Comme musulmane et non comme esclave ou mécréante) et ne pas « être agressée ». Par ailleurs la Sounnah (tradition prophétique) et les « savants » insistent sur le fait de ne pas ressembler aux mécréants et cette différenciation inclue la question vestimentaire.

Il y a donc dans le choix spirituel du port du voile islamique une discrimination choisie qui est antérieure à la discrimination subie une fois qu’on le porte.

Plusieurs interprétations du coran et plusieurs voiles entraînent un jugement interne de la communauté musulmane : « dis-moi le voile que tu portes et je te dirais quel courant de l’islam tu pratiques ». Ainsi il y fort à parier qu’on ne verra pas de femmes porter le niqab ou la burqa chez Lallab, les dissensions spirituelles sont trop fortes entre le féminisme de Lallab et la spiritualité fondamentaliste de ces femmes.

Concernant la laïcité il faut mesurer que la loi de séparation de l’église et de l’état de 1905 entend d’une part la neutralité de l’état vis à vis des religions (sphère privée) et une expression non conflictuelle (non discriminante) dans l’espace public. Il y a là un point d’achoppement que chacun peut mesurer dès lors que le port du voile implique dès le départ une discrimination choisie.

Le cadre de neutralité que fixe la loi de 1905 cherche justement à limiter la discrimination quand le voile la provoque naturellement. Il y a donc une certaine ambiguïté chez les femmes musulmanes qui disent porter le voile, lutter contre les discriminations et prétendent respecter la laïcité. Dès lors que la loi limite le droit au port du voile, au nom de la laïcité ou de l’ordre public, la femme voilée (et l’homme musulman) ne peut que s’en émouvoir et s’y opposer.

Bien sûr celles qui, au nom de leur spiritualité, veulent avoir le visage caché en public sont encore plus dans ce combat anti-laïcité que celles qui portent un voile non dissimulant (cf loi de 2010 sur la dissimulation du visage dans l’espace public).

Une fois ceci posé nous pouvons réfléchir à la discrimination subie qu’entraîne le port du voile, qui est un des thèmes majeur de Lallab.

Il y a des discriminations individuelles, qui sont le fait de personnes lambda en raison de préjugés ou de peurs irrationnelles. A l’occasion d’une discussion avec un salafiste nous sommes tombés d’accord en estimation pifométrique pour dire que moins de 3% des croyants (quelle que soit la religion) étudiaient les sources scripturaires de leur religion. Autant dire que ce chiffre est à diviser par 100 ou par 1000 quand il s’agit d’étudier les sources d’une autre religion.

La discrimination subie est réelle, elle croit dans un contexte généralisé de peur du terrorisme et de l’Islam.

Au passage, si toi qui me lis, tu as cette haine contre les musulmans fais un effort et instruits-toi. Tu peux légitimement avoir la haine de l’Islam mais il n’est absolument pas légitime de la reporter sur ceux qui le pratique.

Cette discrimination peut et doit être combattue, par les autorités publiques bien sûr (au nom même du principe de laïcité) mais aussi par la communauté musulmane elle-même. Je suis relativement sidéré que DAECH publie chaque mois un magazine (Dar Al Islam puis Dabiq et maintenant Rumiyah) qui présente sur au moins 20 pages par numéro son idéologie et sa théologie et que personne dans la communauté musulmane ne combatte point à point ce que la majorité des musulmans considère comme n’étant pas l’Islam.

Si les musulmans ne considèrent pas qu’ils sont les principaux acteurs de la lutte contre la radicalisation et contre la discrimination le problème ne risque pas de s’arranger.

Dans ces moments de peur et de doute qui font l’histoire des nations la majorité cherchera toujours un bouc-émissaire (dans la tradition juive l’animal était symboliquement chargé des péchés de la communauté et envoyé à une mort certaine dans le désert, victime propitiatoire de nos fautes).

De qui êtes-vous le bouc-émissaire ? Qui est votre bouc-émissaire ? Telle est la question de notre temps pour chacune de nos communautés.

Celui qui se définit comme bouc-émissaire, se désigne comme victime et cette victimisation est généralement outrancière lorsque, dans le même mouvement, ces personnes désignent également un bouc-émissaire : l’islamophobe, le raciste, le sioniste, le colonialiste ou encore l’Etat pour ne prendre que les lieux communs les plus courus des médias sociaux.

C’est là ou les discours des associations militantes dont Lallab deviennent gênants et malsains, pour lutter contre les discriminations tout en conservant une façade d’ouverture et de modernité on opère des glissements sémantiques qui ne désignent pas frontalement le bouc émissaire mais les sous-entendent.

Le combat contre la laïcité devient un combat contre l’islamophobie et le racisme d’état, c’est une réalité observable depuis plusieurs années.

Pour conclure: Je suis moi-aussi désigné comme bouc-émissaire, parce que policier (la police qui assassine), parce que blanc (colonisateur), parce que chrétien (associateur, croisé, illuminé) etc…

Je me réjouis de mon côté d’une aventure improbable qui nous est arrivée à mon épouse et à moi il y a un peu plus d’un an et dont je voudrais parler pour la première fois. Nous habitions jusqu’il y a trois ans une maison dans un village de campagne (360 habitants) qui fait un bon score FN à chaque élection. Nous avons quitté cette maison, parce que les enfants grandissaient et qu’il fallait se rapprocher des établissements du secondaire. Nous n’avons pas réussi à vendre notre maison et nous avions donc se bien sur les bras… que faire ? Mon épouse à alors proposer de le mettre à disposition d’une association d’aide aux migrants (imaginez ma tête !). Bon l’association nous dit que c’est pas très intéressant car les migrants ont besoin d’être proches de la ville pour faire leurs dossiers et répondre aux sollicitations de la préfecture (je suis soulagé !). L’été dernier, début août, nous sommes en vacances quand l’association nous appelle et nous demande si la maison est toujours disponible… Il y a une urgence : une famille (musulmane) avec trois enfants qui vivent dans moins de 15m² (à 300€/mois on ne parlera jamais assez de ceux qui exploitent la misère), la mère attend un quatrième et le conseil général va placer les trois aînés si ils ne trouvent pas un logement décent. Nous avons dit oui (intérieurement j’ai dit « et merde »!). Cela fait plus d’un an qu’ils vivent chez nous (nous ne percevons pas de loyer et nous payons les taxes foncières). Ils se restructurent après plusieurs années de galère même si ils ne savent pas encore quel avenir leur réserve l’état…

Nous avons fait face à la haine de nos anciens voisins qui voyaient dans cet accueil l’acte de traîtrise suprême.

On peut combattre une idéologie et faire ce qui est juste, on peut vivre sa foi et faire ce qui est juste mais si l’on désigne un coupable, un bouc-émissaire il y a de fortes chances que l’on perde le sens de la justice.

 

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5 réflexions au sujet de « Voile, discrimination et laïcité… Lallab suite et fin »

  1. coucouPharos

    Je vous comprends ; je comprends vos phrases et leur sens, et je vous remercie d’avoir couché vos réflexions par écrit. Mais aussi je ne vous comprends pas : de quelle générosité faites vous preuve quand vous sacrifiez le quotidien de vos frères, anciens voisins, condamnés à côtoyer des intégristes (parce que des gens qui font un quatrième enfant quand ils habitent déjà à cinq dans quinze mètres carrés ne sont sans doute pas très modernes, soyons francs) ? Quand vous participez au sacrifice de l’avenir des enfants tributaires des services (santé, éducation et transports a minima) d’un Etat déjà déficitaire, maintenant plombé par six cas sociaux supplémentaires ? Peut-être que le père trouvera et gardera un travail qui lui rapportera plus que sa famille ne lui coûte, mais il ne financera pas en quelques années d’activité toutes les années de retraite de son épouse et lui-même, ni leurs soins en gériatrie ; peut-être qu’un de ses enfants fera de brillantes études et financera les dépenses engagées pour élever, loger, éduquer et soigner toute sa famille mais toutes les statistiques (depuis deux générations et à travers toute l’OCDE) indiquent que ce sera malheureusement, hautement improbable. Et donc abîmer le lien social de ceux qui certes votent peu charitablement mais agissent (encore ? ) peu, hypothéquer l’avenir d’une société qui a (avait ?) su éviter les causes qui ont poussé d’autres à fuir et apporter ici leur misère ne se justifie pas, à mes yeux, par le catéchisme ; parce qu’un raisonnement à court terme le cède à un raisonnement à long terme, toutes choses égales par ailleurs : morale, charité… seront mieux servies par une politique ferme et raisonnable, quoi que triste à l’instant. Je vous lis régulièrement, et merci à nouveau de vos éclairages, mais aujourd’hui je ne suis pas d’accord.

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      Je n’effacerai pas votre commentaire, il est l’illustration parfaite de la bêtise que je condamne!
      Vous ne savez rien de cette famille mais elle est déjà pour vous « intégriste »!
      Le nouveau billet que je viens de publier risque de vous faire vous étrangler…

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      1. coucouEtc

        bon… et moi qui m’étais fait suer à rédiger poliment quelques explications ! Vous préférez achopper sur un mot, un seul, et répondre par la grossièreté. C’est bizarre et je n’attendais pas ça de vous (alors que, contrairement à vos préjugés, j’ai adhéré à vos commentaires sur l’Aïd).

        On verra ce que l’avenir fera de la famille que vous aidez (comme disait le chansonnier on échappe à la police, pas aux statistiques) et quant à nous : coupons là, même si c’est dommage. Je ne vous lis pas pour libérer votre colère, ce qui clôt tout débat.

        Reste la question de vouloir débattre avec des gens qui vous sont essentiellement antinomiques mais de rédiger un blog dont vous insultez un des rares commentateurs. J’en suis perplexe.

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          1. coucouCoupons

            Ah ! D’accord, compris. Ce sont les histoires de gros sous qui sont grossières. C’est pourtant nécessaire de rester pragmatique face à l’ampleur du phénomène migratoire ; l’extrémisme que nous voyons monter est causé par une générosité pas financée (et qui ne pourra pas non plus durer). A moins de pouvoir multiplier les pains, donner celui de Paul à Pierre ne garantit qu’une chose : qu’ils en viennent aux mains. L’autre option c’est d’attendre la récolte ou de rationner les réserves, parce que la pauvreté est infinie et créer un appel d’air ne résoudra rien. J’assume ce que vous percevez comme grossièreté car l’aide individuelle est méritoire mais ne suffit pas : vous ne pouvez pas être logeur, policier, cuisinier, enseignant, médecin… besoin d’une société qui fonctionne, donc de l’Etat providence, donc du consentement à l’impôt, donc de respecter ceux qui renâclent. Mais coupons là.

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