Eid Mubarak!

La fête de l’Aïd El Kebir commence le lendemain du jour de Harafat, 2e jour jour du pèlerinage (Hajj) de la Mecque qui est le cinquième pilier de l’Islam.

Demain l’ensemble de la communauté musulmane fêtera l’Aïd qui consacre 3 jours de partages avec les pauvres, les voisins, la famille.

Si un voisin musulman vient sonner à votre porte et vous apporte un peu de mouton et quelques pâtisseries, ne lui claquez pas la porte au nez, souhaitez lui une bonne fête : « Eid Mubarak »

Souhaiter une bonne fête de l’Aïd aux musulmans est un enjeu de civilisation qui n’enlève rien à la corruption de l’Islam. C’est l’asymétrie de la relation qui finit par la transformer. Quand beaucoup de musulmans ont l’interdiction de s’associer aux fêtes des non musulmans soyons la lumière qui éclaire les ténèbres.

Le combat contre l’idéologie n’est pas un combat contre les personnes, choisir la relation et la discussion est le seul moyen de construire un avenir de paix.

Pour débattre il faut des repères, en voici quelques un sur le sacrifice d’Abraham et sur la Mecque.

Dans la tradition hébraïque (Genèse 22, 1-14) la patriarche Abraham s’apprête, répondant à la demande de Dieu, à sacrifier son fils Isaac sur une montagne (le Mont Moriah considéré par la tradition juive comme le mont du temple à Jérusalem). Alors qu’il tenait le couteau au dessus de l’enfant l’ange du Seigneur lui dit « ne porte pas la main sur le garçon » (…). Abraham voit un bélier, pris dans un buisson et le sacrifie à la place de son fils.

Le livre de la genèse est le premier des cinq livres du pentateuque qui constitue la Torah juive. Ces livres étaient, jusqu’au XIXe siècle, réputés être écris par Moïse lui-même. l’exegèse de ces textes a montré depuis une origine bien plus tardive. Pour la Genèse la rédaction s’étale du VIIIe siècle au IIIe siècle avant JC. Certains passages de la genèse sont donc parmi les plus récents de l’ancien testament !

Forcément, la perte du caractère mosaïque du texte permet plus facilement de mesurer sa dimension mythologique et son caractère symbolique. Cela n’entache pas la foi juive ou chrétienne du caractère « inspiré du récit » qui, au delà des légendes, nous dit quelque chose de la façon dont Dieu se révèle et fait alliance avec l’homme. On peut même aujourd’hui s’amuser de l’âge des patriarches.

Dans la tradition musulmane le Coran (S37:83-109) substitue Ismaël (fils de Agar, servante d’Abraham) à Isaac, le récit est quand à lui identique à la tradition hébraïque et considéré comme authentique du fait du caractère incréé du Coran, parole immuable d’Allah, protégée par lui de toute falsification. L’action se déroule à la Mecque, ville fondée par le premier homme, Adam qui a construit la Ka`bah. Elle fut détruite lors du déluge et reconstruite par Abraham (S 3:96-97).

On voit donc un achoppement historique (acteurs différents) et géographique (lieux différents) entre les deux traditions ainsi qu’une portée des récits différente (allégorique vs véridique). Ce n’est pas mon billet qui changera quelque chose à cela, la querelle a déjà XIV siècles !

Mais bon essayons tout de même d’apporter quelques éléments d’appréciation au débat, la réflexion n’a jamais tué personne.

Alors que tous les grands centres spirituels historiques sont connus pour les traces qu’ils ont laissés dans l’histoire universelle, il n’y a aucune trace trace de la Mecque pré-islamique (malgré certaines tentatives islamiques pour faire passer quelques vagues données comme relatives à la Mecque : Ptolémée et son maccoraba, Diodorus Siculus et le lieu sacré, etc). Pourtant l’histoire musulmane fait de la Mecque un grand carrefour caravanier (les volumes VI et VII de la chronique de Tabari relatant l’histoire de Muhammad, parle de foules impressionnantes: «2500 chameaux» pour une seule caravane, «1000 soldats mecquois», «3000 soldats mecquois et 200 cavaliers», «10.000 soldats mecquois»).

Le Mecque constitue donc le seul centre spirituel sans trace historique. Les récents travaux archéologiques comme ceux de Dan Gibson montrent une réalité très différente de l’hagiographie musulmane : les plus anciennes mosquées de l’Islam ont leur Qibla (orientation de la prière) tournée vers Petra (Jordanie) et non vers Jérusalem ou la Mecque. Ceci pose, ainsi que les études linguistiques du Coran la question des origines de l’Islam, dont il semble certains aujourd’hui qu’elles sont plus de mille kilomètres au nord que ce que dit le récit musulman.

Indépendamment des questions historiques qui entourent l’origine de l’Islam, sa spiritualité est bien réelle, comme en témoigne la vitalité du Hajj. Puisse-t-elle élever les hommes et les femmes qui la partage à construire une société humaine plus juste et non une communauté renfermée sur ses mythes.

Eid mubarak !

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