Archives par étiquette : coran

Voile, discrimination et laïcité… Lallab suite et fin

Je ne pensais pas continuer à écrire sur l’affaire Lallab mais j’ai reçu en commentaire du précédent article une affirmation du journaliste Laurent Grzybowski du journal chrétien La Vie (groupe Le Monde) à laquelle je souhaite répondre.

Voici son affirmation :

« Je vois cependant un point faible dans votre argumentation: vous affirmez que Lallab combat la laïcité. Cette affirmation relève me semble-t-il d’un postulat pour ne pas dire d’une posture. »

Avant de clore le sujet Lallab je voulais répondre à Laurent Grzybowski en précisant ma pensée.

Continuer la lecture

L’occidental et le salafiste quiétiste [partie 4] – Le Coran

Je poursuis l’interrogation de l’Islam, cette fois sans répondre aux textes de mon contradicteur. Je vais m’intéresser dans ce billet au Coran, qui est la source principale de l’Islam.

Le Coran est aujourd’hui un livre, mais c’était (selon la tradition musulmane) une récitation des paroles révélées par Dieu à Muhammad par l’ange Gabriel. Cette récitation était ensuite communiquée par Muhammad à ses fidèles qui mémorisaient ces paroles (versets) parfois dans des variantes différentes (mais toutes justes selon Muhammad).

Le Coran est composé de 114 chapitres, appelés sourates, qui sont classés non par ordre chronologique mais par taille des sourates (de la plus longue à la plus courte) à l’exception de la première sourate Al-Fatiha (l’ouverture) qui est la prière récitée plusieurs fois par jour par chaque Musulman. Le Coran n’est pas très long à lire (77934 mots) c’est 12,6 fois moins que la Bible (protestante) et environ 13 fois moins que la Bible catholique (qui contient 6 livres supplémentaires).

Malgré sa petite taille, le Coran est très peu lu par les musulmans eux-mêmes, à l’exception des orthodoxes (et encore je ne suis pas sûr qu’ils lisent le Coran plus que la Sunnah). Il faut dire que le Coran n’est pas un récit avec un début et une fin, c’est un « patchwork » d’histoires, d’imprécations, de normes et de considérations théologiques. Bref, lire le Coran de la première à la dernière page est un exercice fastidieux que peu de gens font. Toutefois ce travail mérite d’être fait, et même d’être fait deux fois: d’une part dans l’ordre canonique et ensuite dans l’ordre chronologique de la révélation (selon l’ordre officiel d’al Azhar)

Continuer la lecture

L’occidental et la salafiste quiétiste (partie 2) – La voie du juste milieu

Je remercie mon contradicteur d’avoir commencé à répondre en plusieurs billets à mon précédent article. Avant de les lire je vous invite à une petite introduction à la rhétorique salafiste que ces billets illustrent en partie.

Le salafiste fait partie de la « communauté du juste milieu », al wassitiya qui trouve son origine d’une part dans le Coran « ALLAH a fait de vous une communauté de juste milieu… », [sôurat Al-Baqarah (S2) / 143]. selon les versions les plus courantes. On trouve également d’autres traductions : « une communauté de justes » (Hamidullah); « une communauté située entre les deux extrêmes » (Khawam). Partant de Jr 51:39, Sawma traduit: « une nation forte ». On lit dans la Bible Ez 5:5: « C’est Jérusalem que j’ai placée au milieu des nations ». Ce verset est important car il montre que, comme les juifs se considèrent le peuple élu (Cf. Dt 14:1-2; Ex 19:5-6), les musulmans font de même (« Vous êtes la meilleure communauté » S3v110).

Le second point qui marque l’importance de ce sujet est la profession de foi islamique de cheikh al islam ibn taymiyya (1263 – 1328), le mentor des salafistes : « al aqida al wassitiya »

Cette notion de « communauté du juste milieu » est donc l’épicentre de la pensée salafiste. Elle occupe l’essentiel de leurs préoccupations tant sur le plan de la foi que du comportement et de la jurisprudence.

C’est cette voie (le juste milieu) qui est le point de comparaison entre les groupes musulmans (ce qui ne m’intéresse guère si vous avez lu mon article précédent) mais aussi entre les religions et systèmes politiques.

C’est là que le sujet devient intéressant et que la rhétorique islamiste mérite d’être étudiée, car considérer l’islam comme la voie juste par rapport aux autres religions ou même par rapport à la démocratie implique d’argumenter en quoi les points de clivages que je nommais dans mon précédent billet (peine de mort pour l’apostasie, le blasphème, l’homosexualité ou l’adultère, autorisation de l’esclavage ou du mariage avec des filles prépubères, etc…) sont justes et prépondérant sur les autres systèmes de valeur ou les autres religions.

Ce qui nous intéresse c’est de voir et si possible de comprendre par quels mécanismes intellectuels et théologiques les musulmans orthodoxes affirment la « juste » primauté de certaines peines prévues par la charî’a sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen par exemple, ou encore sur le rejet de la violence des Évangiles.

Voilà l’interrogation fondamentale de l’occidental (chrétien ou non) face à l’islam traditionaliste aujourd’hui.

Revenons-en aux billets de mon contradicteur, la première considération est que pour un billet assez court, j’ai 6 billets en réponse ! C’est la réponse Tsunami ! Est-ce que ces billets répondent aux critiques formulées ? Je vous laisse juge.

Le fait est que aucun des points de clivage dont j’ai fait mention dans mon article n’est lui même explicitement mentionné dans les réponses. A défaut de précision nous avons un catalogue de citations… Soit, prenons-en notre parti et voyons ce qu’elles nous enseignement !

On notera également que les réponses, à l’exception du premier billet, ne sont pas une expression personnelle argumentée selon un plan, mais une sorte de décharge d’éléments éparses…

Bref lançons-nous dans la lecture de ces 6 billets

Continuer la lecture

L’occidental et le salafiste quiétiste

Il y a quelques jours j’ai eu quelques échanges sur twitter avec un salafiste quiétiste auquel je m’aventurais à argumenter qu’il n’y avait pas de différence à mes yeux entre lui et les fanatiques de l’EI/DAECH/ISIS si ce n’est le passage à l’acte du Jihad. Après quelques échanges nous en sommes vite arrivés à un échange stérile avant de revenir sur une proposition raisonnable, celle d’utiliser nos blogs respectifs plus adaptés à une écriture réfléchie que les tweet en 140 caractères.

Me voilà donc aujourd’hui relevant le gant pour un lecteur unique, et s’il me répond, j’espère qu’il le fera, je lui demande de mette en commentaire le lien de sa réponse afin que tous les autres lecteurs puissent suivre cet échange qui sera peut-être continué en commentaires ou sur d’autres billets. Nous verrons où cela nous conduit dans le dialogue qui restera courtois mais ferme et argumenté.

Continuer la lecture

Le problème c’est l’Islam modéré

Le choix d’un tel titre peut paraître provoquant pourtant ce n’est pas son but, je suis persuadé de sa justesse mais cela n’engage que moi.

Les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui, face à l’Islam, tiennent pour l’essentiel à l’incapacité des politiques, des journalistes et des commentateurs à tenir un discours lucide et cohérent. Certes, la très grande majorité des musulmans de France (et d’ailleurs) s’oppose au terrorisme et cette communauté pacifique se trouve elle-même visée par les terroristes et soupçonnée de complicité si elle ne professe pas publiquement et énergiquement sont opposition au terrorisme.

J’en profite pour affirmer que ceux qui exigent des musulmans l’affichage public de leur opposition au terrorisme sont des imbéciles.

Du coup, ceux qui ne tombent pas dans cette nullité se retrouvent dans l’obligation de couper en deux l’Islam entre Islam orthodoxe (fondamentalisme islamique) et Islam modéré et c’est tout aussi bête. Autant il est simple de savoir ce qu’est l’Islam orthodoxe car la théologie islamique est connue et vieille de 1400 ans autant personne ne sait ce qu’est l’Islam modéré. Il n’y a pas d’exégèse du Coran et des Hadiths qui soit propre à un courant de l’Islam qui serait dit modéré. L’ensemble des musulmans sunnites partage, quelle que soit l’école juridique, la même tradition et le même corpus doctrinal ils divergent juste sur des interprétations spécifiques de ces textes.

Continuer la lecture

Islam : la réforme est dans l’impasse du dogme

Que ce soit du côté juif ou chrétien, il y avait jusqu’au jusqu’au XVIIe siècle, grosso-modo, une certitude quant à l’authenticité de l’origine mosaïque du Pentateuque (les 5 premiers livres de la Bible chrétienne qui constituent également la Torah juive). Cela conférait au texte une dignité et un caractère irréprochable sur le plan historique et sur la dimension anthropocentrique de l’univers (cf. Galilée)

L’exégèse historico-critique a permis de mettre en évidence l’origine anachronique de ces cinq livres par rapport aux autres livres de la tradition hébraïque (livres historiques, livres poétiques et livres prophétiques) et leur rédaction tardive. Ce travail a eu pour effet de resituer la portée du texte : un ouvrage mythique et symbolique « inspiré » par Dieu.

Dans le cas du Coran, l’exégèse historico-critique est impossible  au sein même de l’Islam, mais des exégètes hors islam travaillent sur le texte coranique dans la limite de l’accès aux sources permises par les pays musulmans où elles sont détenues. Cette impossibilité tient au dogme que le Coran pose sur lui même : « En vérité c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien. » (Coran 15,9). Le Coran est la parole de Dieu, incréée et protégée par Lui : il est d’origine divine et n’a donc pas pu être falsifié ni altéré.

Continuer la lecture

Le chrétien, le flic et l’Islam

Ma première rencontre avec l’Islam remonte à mon service militaire. Je faisais alors un « service ville » dans les quartiers nord de Paris et j’aidais plusieurs associations de quartiers à se structurer et à organiser des activités et des camps pour les enfants. Le camp était l’aboutissement du projet pédagogique annuel et tous les enfants voulaient y aller. Au moment de boucler les inscriptions des camps, il y avait une famille musulmane qui m’avait renvoyé l’inscription de leur fils mais pas celle de leur fille qui, pourtant, avait participé à toutes nos activités. J’ai rencontré la famille, le père m’a invité à déjeuné. J’ai donc partagé le repas avec les hommes de la maison qui m’ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas envoyer la jeune fille à ce camp, la fille et la femme dans l’Islam étant toujours pupille d’un homme, père ou mari. Peu importe les garanties que je pouvais apporter, je n’étais pas musulman et leur fille resta à Paris pendant que son frère vivait à fond le camp.

Continuer la lecture