Archives par étiquette : police

Un grand flic

Lorsque la presse évoque « un grand policier » il s’agit ; en général ; d’un chef de service prestigieux (36 quai des orfèvres, office central) ou d’un directeur des services actifs de la police nationale.

Le qualificatif de « grand flic » ou de « grand policier »a-t-il un lien avec la carrière du dit fonctionnaire ou est-ce simplement une tournure de langage ?

Lorsque j’entends le discours du premier ministre (ex ministre de l’intérieur) je ne peux m’empêcher de penser au décalage profond entre la perception qu’ont les hommes politiques d’un « grand flic » et celle qu’en ont les hommes et femmes de terrain.

« Bernard Petit est un grand policier mais quand on exerce cette mission il ne peut y avoir le moindre doute », a déclaré vendredi à Orléans le Premier ministre Manuel Valls.

Il y a deux types de grands flics, ceux qui le sont par le fait du prince et ceux qui le sont par le fait des troupes.

Je suis enthousiasmé par la vague de support des gendarmes pour leur directeur, le général d’armée Denis Favier. Cet homme est soutenu par ses troupes au point tel que le gouvernement, malgré l’affaire Sivens, hésite à le limoger.

Cette affection naturelle pour un homme qui soutient ses troupes présente une contre-mesure tangible, voire un risque réel, face à un pouvoir déterminé à ne pas pas vouloir voir une tête sortir du rang.

L’affaire « Petit » est en ceci caractéristique qu’elle nous montre l’hommage d’un premier ministre, proche des francs maçons (A. Bauer est un proche de M. Valls et une connaissance de B. Petit) et d’un ministre de l’intérieur qui ne cache pas être membre de la franc-maçonnerie vanter les mérites d’un policier mis-en- examen.

Souvenons-nous que le dit policier fut nommé par l’actuel premier ministre (alors qu’il était ministre de l’intérieur) au poste de chef du 36 quai des orfèvres.

Qu’est-ce qui fait d’un homme un « grand flic ? ». Si l’on s’en tient à la norme journalistique, le « Grand flic » est désigné par le pouvoir.

Si l’on se réfère à la base, « le grand flic » est un homme ou une femme qui présente quelques qualités :

  • Il dirige et anime en expliquant les enjeux et en donnant des consignes cohérentes et détaillées, il sait déléguer;
  • Il sollicite l’intelligence de ses collaborateurs et suscite l’expression de propositions;
  • Il s’appuie sur les compétences et a le soucis de valoriser ses collaborateurs en ne s’attribuant pas le mérite de leur travail, il félicite et remercie;
  • Il attend des résultats mais sait analyser les erreurs dont les siennes;
  • Il développe la cohésion et permet l’expression de chacun, il sait écouter;
  • Il exerce son autorité dans le soucis du juste et le respect du droit; il prévient a priori et sanctionne en objectivant sa décision,
  • Il a le soucis des collaborateurs en difficulté ou en souffrance et cherche pour eux le meilleur soutien.

A force de taper sur les grands flics il n’y en a plus, nous héritons de technocrates formatés par la police de la pensée, nous manquons de vrais chefs capables de s’opposer à celle-ci !

Qu’est devenu le baromètre social de la police?

En mai 2014, le directeur général de la police nationale lançait le « baromètre social de la police », un formulaire en ligne comportant une soixantaine de questions pour sonder le moral des troupes.

Nous avons donc reçu un mail nous invitant à répondre à ces questions sous couvert d’anonymat (anonymat relatif car des questions étaient liées à l’âge, au corps, au nombre d’enfants…).

Les questions étaient le plus souvent de type QCM, de mémoire seules deux ou trois questions permettaient de répondre par un texte rédigé.

Certaines questions m’avaient frappé, tant je n’imaginais pas qu’elles fussent posées : Avez-vous envisagé de quitter la police ? Pour le privé ou le public ? Pensez-vous avoir la reconnaissance de votre hiérarchie ?

Ce questionnaire a suscité, je crois, un grand nombre de réponses. En tout cas un grand nombre de policiers de mon service y ont répondu, de manière libre et spontanée. Si l’ensemble des policiers a fait preuve de la même spontanéité j’ai quelques idées de ce que pourrait être la teneur du rapport final.

Dans le corps de sa présentation, le directeur général nous prévient « l’étude fera l’objet d’un rapport qui sera rendu public en janvier 2015 »

Alors voilà, le mois de janvier est passé et moi j’attends le rapport…

L’inadaptation de la lutte anti-terroriste

Avant c’était presque simple, on luttait contre des organisations terroristes, c’était l’affaire d’offices centraux et de parquets spécialisés… mais ça c’était avant. Une organisation c’est une pyramide avec des décideurs, des messagers, des intermédiaires, des fournisseurs de moyens, des passeurs, etc… Quelle que soit le niveau de l’organisation c’est un ensemble cohérent sur le plan social et technique. Le travail de la lutte anti-terroriste consistait jusqu’à présent à identifier des membres de ces organisations, à les suivre, à les écouter pour identifier les exécutant et les cibles et, dans la mesure du possible, contrarier leur projet avant sa mise à exécution.

Aujourd’hui le terrorisme islamique c’est un ou deux gars, qui naviguent sous les radars de l’anti-terrorisme, et qui partent un beau matin mourir en moudjahid en s’attaquant à l’arme automatique contre une poignée de cibles au caractère symbolique. Si les enquêtes montrent, a posteriori, un niveau élevé de préparation (achat des armes, choix des cibles, reconnaissance des lieux, etc), on est plus dans une action de type « braquage » que dans une action de grande envergure comme les attentas du 11 septembre 2001. Cette évolution méthodologique, qui ne différencie pas Anders Behring Breivik, Mohamed Merah, ou les frères Kouachi témoigne de l’inadaptation actuelle du dispositif de lutte anti-terroriste français et européen.

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Les statistiques de la délinquance

Le marronnier médiatique des statistiques de la délinquance est increvable. Cette semaine, publication de chiffres par le journal Le Figaro et contestation de ceux-ci par le ministre de l’intérieur puis confirmation par Le Figaro.

Du coup je vous propose une petite présentation des statistiques de la délinquance, de la récolte des chiffres à leur publication et un état des lieux des critiques qu’elles soulèvent. J’y ajouterai quelques considérations personnelles (qui n’engagent bien sûr que moi).

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Une rentrée gouvernementale entre anomie et scotomisation

L’actualité de ces dernières semaines était si riche que j’aurais pu rédiger une dizaine de billets sur la rentrée politique dans ces différentes composantes gouvernementales pour arriver finalement à une même conclusion que je pose en titre de ce billet.

Précisons tout de suite la définition du mot « scotomisation« : « La scotomisation (du grec scotos : sombre, obscur) désigne en psychologie un mécanisme de défense par lequel le sujet névrosé nie l’existence  de faits qui ont été vécus mais qui lui sont intolérables.
Il s’agit d’un processus de dénégation qui permet de « ne pas voir » des contenus, images, souvenirs trop angoissants. Il y a constitution d’un véritable scotome psychique sélectif, rétrécissant le champ de conscience réalisant une amnésie bien circonscrite dans le temps. » (Wikipédia)

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Police 2025

Je rentre de vacances et je découvre avec un temps de retard la perle de prospective du ministère de l’intérieur. 4 pages de novlangue sans aucune proposition concrète, de la pure com sans fond: « la police 3.0 bla bla bla bla » Bon j’ai envie d’aider un peu alors je vais mettre la main à la pâte, peut-être que dans mon audience de 300 visiteurs (uniques) par mois il y a quelqu’un qui connaît quelqu’un, qui connaît … connaît quelqu’un place Beauvau.

Si on veut parler sérieusement de prospective il faut, avant de regarder le futur, se souvenir de ce que nous avons été capable et incapable de faire sur la même période dans le passé, donc depuis 2000/2001.  Ensuite, seulement, nous pouvons commencer à réfléchir de façon posée sur les enjeux d’avenir dont la partie marginale est technologique.

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Dans l’intimité d’un « poste de police »

Dans chaque commissariat il y a un « Poste » qui selon les sites a un périmètre variable, mais qui présente quand même un socle commun dans tous les services. Ce petit royaume, aux allures de cour des miracles, est administré par le Chef de poste, personnage important s’il en est puisque le règlement intérieur de la police nationale lui consacre plusieurs articles (voir à la fin du billet.)

Le poste comprend à minima: les cellules de garde à vue, chambres de sûreté, local de fouille, local avocat (quand il existe), local médecin (quand il existe), WC/douches des GAV, locaux de remise des armes individuelles et collectives, de stockage des plats cuisinés pour la GAV, l’éthylomètre et enfin le bureau du chef de poste qui à défaut d’être indépendant, contient parfois tout le bazar précédemment cité. A ce périmètre s’ajoute dans certains commissariat l’accueil du public.

C’est dans cet univers très particulier que je vous invite aujourd’hui parce que l’on ne sait jamais, n’importe qui peut, un jour, être conduit au poste ou bien, pour une minorité d’élus, en devenir le chef…

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Des politiques de sécurité intérieure

Lundi 13 mai, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, dressera en compagnie du ministre de la justice, Christiane Taubira, un premier bilan des zones de sécurité prioritaires.

C’est un fait, chaque ministre veut marquer de son empreinte son passage gouvernemental par une politique énergique et volontariste et son cabinet œuvrera à trouver les éléments de langage qui justifient, par rapport aux politiques précédemment mises en œuvre, toute la pertinence de celle-ci. Le drame du politique c’est qu’il a besoin d’un « retour sur investissement » rapide. L’œuvre politique doit donner des fruits à court terme. Dans le domaine de la sécurité intérieure, les acteurs de terrain vous le diront, les politiques de sécurité se succèdent et se ressemblent, au moins dans leurs intentions: faire baisser la délinquance.

« Je veux des résultats : sur les violences contre les personnes, contre les femmes, sur les cambriolages, sur les trafics de drogue, sur les règlements de compte, sur la cybercriminalité. Des résultats : voilà le cap ! » (M.VALLS, conférence de presse du 18 janvier 2013)

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