Police secours

Pour débuter ce blog j’ai envie de vous emmener plonger au cœur de la sécurité publique dans sa mission fondamentale : « Police secours »

Quelques préambules pour commencer et après c’est promis on embarque avec la patrouille. La mission de police secours est intimement liée au centre d’information et de commandement (C.I.C) qui est le cœur du dispositif policier. C’est là dans ce saint des saints qu’aboutissent les appels d’urgence qui sont passés sur le numéro d’urgence 17 (numéro que l’on peut composer même sans carte sim dans un téléphone mobile).

Le 17 est partagé entre la police nationale et la gendarmerie nationale, chacune des forces à son centre de commandement (C.I.C pour la police C.O.G pour la gendarmerie) dans chaque département. La police nationale est urbaine elle est compétente dans les villes de plus de 20 000 habitants, la gendarmerie sur le reste du territoire.
C’est le boulot des opérateurs téléphoniques d’acheminer l’appel d’urgence vers le bon centre et, en général, ils le font bien, quand ils ont les bonnes cartes de compétence territoriales.

La brigade prend son service à 05h00 jusqu’à 13h00 puis elle est relevée par une autre brigade qui travaillera de 13h00 à 21h00, elle sera à son tour relevée par la brigade de nuit de 21h00 à 05h00 et ainsi la police assure une présence constante jour et nuit, week-end et fériés inclus. Les brigades de jour travaillent 4 jours d’affilés (2 matins et 2 après-midi) puis ont 2 jours de repos ; les brigades de nuits travaillent en général 3 nuits puis ont 3 nuits de repos.

C’est l’heure de la relève, les policiers de la brigade montante se sont changés au vestiaire, ils saluent les collègues qui rentrent chez eux et se passent les consignes.
Le chef de brigade passe au B.O.E (bureau d’ordre et d’emploi) pour voir si il y a des évènements particuliers, des collègues en arrêt ou des retour de congé (maladie) puis il rejoint sa brigade et répartit les rôles que je détaillerai au fil des billets : chef de poste, accueil, garde préfecture, patrouille police secours. Les effectifs récupèrent leur arme de service dans l’armoire forte du chef de poste, un A.D.S (adjoint de sécurité) est investit de la délicate mission café de la brigade, il va chercher le nécessaire dans l’armoire de la brigade. Pendant le café on échange, on papote de tout et de rien, untel se fera rappeler qu’il a encore oublié de mettre son écot dans la caisse café de la brigade, on prendra des nouvelles du collègue blessé en service la veille, on lit les mains courantes des dernières heures pour sentir un peu l’ambiance. Le chef de poste doit déjà abandonner ce moment convivial pour conduire aux toilettes un G.A.V (personne placée en garde à vue) qui vocifère depuis 10 minutes et balance outre des insultes, des coups de pieds et de poings dans la porte vitrée de la cellule.

Les policiers font leur prise de service sur la main courante informatique (M.C.I), montent au C.I.C prendre les radios et les P.V.E (Procès verbal électronique). On discute, on se taquine, on souhaite surtout que la vacation soit calme.
Le chef de bord (plus gradé de l’équipage formant la patrouille) récupère la mallette contenant tout le nécessaire surtout l’éthylo et la guirlande de bouchons, l’équipage police secours est prêt il s’annonce à la radio.
Au C.I.C on entend à la radio l’équipage police secours qui s’annonce : « 2 titulaires, 1 ADS à bord de TV710 vacation continue 13h00/21h00 » Les données sont entrées dans PEGASE le logiciel de gestion des appels d’urgence et des interventions. La patrouille est crée elle apparaît sur la carte et si la radiolocalisation marche on peut même voir sa position : la cour du commissariat.

C’est maintenant que la loterie commence, tout peut arriver… bien sûr il y a des missions police secours qui reviennent plus souvent (différents, tapages, accident, …) d’autres que l’on aime pas (Sans Domiciles Fixes aviné et puant) et celles que l’on préférerait laisser à d’autres (Suicides trash, découvertes de cadavre datant de plusieurs jours voire plusieurs semaines ou mois, etc.) Le 17 c’est cela et bien d’autres choses encore, et la mission de police secours c’est d’y aller, de voir le problème, de rendre compte, et de gérer le bordel la situation parce que personne ne viendra le faire à ta place : sécuriser les lieux, prendre les coordonnées des personnes (victimes, témoins, auteurs), les immatriculations des véhicules, détourner la circulation, demander aux badauds de circuler parce qu’il n’y a vraiment rien à voir, se demander et se redemander si l’on a rien oublié avant de quitter les lieux et de rentrer au service faire sa main courante sur l’évènement.

Pendant ce temps au C.I.C plusieurs appels ont été reçus, ne justifiant pas d’intervention, des demandes de renseignement, un adolescent qui fait le mariole pour faire rire des filles (que l’on entend glousser par derrière) :
« Allo l’hôtel de police ? »
– Oui c’est la police nationale
« Vous avez une chambre pour moi et ma copine ? »
– Nan mais allô quoi (Nabila Style), t’es un mec et tu fais des blagues sur une ligne d’urgence!
« Biiiip »
… Parfois l’humour suffit à refroidir les ardeurs d’un apprentis humoriste.

Et puis le 17 sonne de nouveau, le ton change, on entend une voix de femme qui crie :
« Au secours, au secours, »
L’opérateur du C.I.C essaye de se faire entendre : Madame où êtes-vous, donnez-nous votre adresse
Elle n’entend pas et continue de crier : « Au secours, au secours, » puis la conversation est coupée.
Adrénaline, les opérateurs regardent leur écran, ils ont le numéro de téléphone de la femme qui vient de les appeler. Pendant que l’un des opérateurs essaye de rappeler ce numéro un autre appelle l’opérateur téléphonique pour récupérer en urgence les coordonnées du titulaire de la ligne et lancer une géolocalisation.
A la radio ils avisent les patrouilles de l’appel au secours, ils attendent une géolocalisation. Dans la cour du commissariat, on éteint les cigarettes on se prépare à partir dès que le C.I.C donnera une adresse.
Le temps presse, chacun le sait, les secondes s’allongent, la tension est perceptible… La radio fait un petit grésillement qui annonce un message. L’opérateur téléphonique a donné une géolocalisation qui correspond à l’adresse du titulaire de la ligne, la femme est chez elle, on a son adresse. Le message du C.I.C est clair et concis : nom de la personne, adresse pour des appels au secours.

La voiture démarre en trombe, gyrophare et sirène allumée, il ne faut pas perdre de temps. Un équipage de la BAC (Brigade anti criminalité) s’annonce également qui se rend sur les lieux mais il est à l’autre bout de la circonscription. Il faut rattraper un peu du temps perdu à géolocaliser l’appel, le conducteur appuie sur l’accélérateur et se concentre sur tout ce qui vient de gauche et de droite, sur tout ce qui peut traverser la route, le risque de faucher un piéton n’est jamais loin en ville.

A quelques centaines de mètres de la maison le chef de bord éteint la sirène puis le gyrophare, la voiture s’arrête net et les trois fonctionnaires en descendent, ils parcourent les quelques mètres jusqu’à la porte en courant. Au loin ils entendent la sirène qui annoncent la présence de la BAC dans quelques secondes. Ils prennent le temps d’écouter à la porte du pavillon, pas de bruit, il tapent à la porte et annonce d’une voix forte : « Police, ouvrez »
Quelques secondes de silence puis la porte s’entrouvre et une femme d’une cinquantaine d’année tombe dans les bras du chef de bord, elle est livide mais apparemment sans blessure.

Il faudra un petit moment pour qu’elle reprenne ses esprits et qu’elle puisse enfin raconter le motif de son appel : elle a vu deux hommes tenter de pénétrer dans le pavillon de son voisin, elle a crié par la fenêtre et menacé d’appeler la police, les individus ont traversé le jardin et son venus dans sa direction, elle a appelé le 17, elle était terrorisée. Pendant qu’elle était au téléphone avec le C.I.C les individus devant sa fenêtre lui mimaient qu’ils allaient l’égorger, la menaçant avec un couteau. Elle s’est réfugiée dans la salle de bain, fermant la porte et la condamnant avec un meuble, comme à la télé.
Pendant que la femme continue de parler à ses collègues le chef de bord entend la BAC arriver et se porte vers eux, il a un signalement : deux individus une description vestimentaire sommaire, ils sont partis il y a moins de cinq minutes. Les gars de la BAC remontent dans leur voiture pour tourner aux alentours pendant que le chef de bord fait un premier compte rendu au C.I.C puis il retourne auprès de ses collègues et auprès de la victime.
Quelques minutes encore à parler, à tenter de convaincre la personne de venir déposer une plainte au commissariat, de tenter d’identifier les individus sur le fichier photo du service, le canonge… elle refusera. Un voisin arrive, il lui tiendra compagnie jusqu’à ce que son fils vienne à son tour.

R.A.S fin de mission et retour au service. Dans la voiture chacun est soulagé, cela aurait pu être dramatique. Avant même d’avoir fait la moitié du chemin jusqu’au commissariat la radio crépite de nouveau, le C.I.C demande à l’équipage de prêter assistance aux sapeurs pompiers pour une personne ne répondant plus aux appels… ça sent la viande froide mais c’est le boulot : « reçu pour 710 on se rend sur place. »

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