La vie à la source

L’époque n’est plus à la rigolade et dans ce monde désenchanté l’écho médiatique a le timbre de l’apocalypse: crise morale, crise sociale & politique, crise économique, guerre, terrorisme, pandémies, pollution &réchauffement climatique… Chacun doit boire jusqu’à la lie la coupe de l’actualité et trouver par lui-même l’espérance nécessaire à sa survie. L’Homme se cherche une raison de vivre et nombreux sont ceux qui ne la trouve pas ou se perdent sur d’obscurs chemins dans un improbable désir de développement ou d’accomplissement personnel.

Ce qui me choque c’est de constater chaque année l’augmentation du nombre d’enfants en souffrance d’humanité. Si même les enfants perdent l’innocence de leur âge l’heure est grave.

Tandis que les marchands continuent de produire et de vendre des illusions de bonheur comme ces charlatans de western vendant leurs potions, l’homme se détourne du principe fondamental de son existence qui n’est pas remède ou solution mais source de la vie.

Et si nous revenions à la source?

Dans Théétète, Platon disait:

«Car cet état qui consiste à s’émerveiller est tout à fait d’un philosophe; la philosophie en effet ne débute pas autrement, et il semble bien ne s’être pas trompé sur la généalogie, celui qui a dit qu’Iris est la fille de Thaumas.» Trad. Léon Robin, La Pleiade, vol. 2 1950, p.743.

Ici Platon nous parle du point de départ de la philosophie (l’amour de la sagesse): L’émerveillement. Dans un subtil jeu de mots il nous dit que la messagère des Dieux (Iris) est la fille de l’émerveillement: Thaumas (Thauma prend la même racine que le verbe thaumazein qui se traduit par s’étonner ou  s’émerveiller). L’émerveillement ici n’est pas l’insouciance béate mais bien une action de contemplation de pleine lucidité qui conduit à l’illumination du sens, à l’émergence de la vérité, par l’inflammation du désir de comprendre.

L’émerveillement est le début de la sagesse (Socrate)

Nous perdons en sagesse en perdant notre faculté d’émerveillement. Paul Valéry écrivait: « la vie est la chute d’un corps » et à mesure que nous tombons nous cessons de nous émerveiller. La pragmatique lucidité que nous acquérons dans notre chute est l’obstacle principal de notre bonheur, l’aveuglement de notre cœur et la prison de notre esprit: « L’homme est un animal enfermé à l’extérieur de sa cage, Il s’agite hors de soi » (P. Valéry)

Revenir à la source de la vie est donc simple, il faut s’attacher à s’émerveiller chaque jour de mille choses et plus. L’illumination quotidienne est à la porte de nos cinq sens s’ils sont à l’affût de l’harmonie. Voici le but de notre quette quotidienne: l’harmonie. Elle produit en nous la résonance harmonique qui est le flux d’énergie vitale dont nous avons besoin, l’unique nourriture de notre vie émotionnelle.

L’homme ne peut donner que s’il reçoit, il est capacité qu’il faut remplir en bien, en beau, en juste, en vrai, … pour l’éclore au monde et à la relation vraie qui n’est pas « Toi pour Moi » (économie d’échange) ni « Toi et Moi » (économie de partage) mais dans sa finalité ultime « Moi pour Toi » (économie de Don).

Ici s’arrête la compréhension de mon propos pour celui qui ne croît pas à la réalité transcendante de la source et c’est là, après cette introduction, qu’il débute pour les autres.

J’ai commis il y un an trois billets que je vous invite à lire ou à relire avant de poursuivre: L’essentiel de l’essentielLa miséricorde de Dieu, une rencontre avec le PèreLa louange onction de l’Esprit Saint.

« Alors Jésus appela un petit enfant ; il le plaça au milieu d’eux, et il déclara : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. » (Matthieu 18, 2-4)

L’erreur que l’on pourrait commettre dans l’interprétation de cette injonction serait de faire correspondre à l’enfance la notion de faiblesse, de petitesse quand il s’agit uniquement d’entrer dans une attitude qui nous facilite la connaissance même de Dieu: l’émerveillement.

Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. (Jean 17, 3)

D’ailleurs le premier de tous les commandements, celui qui introduit tous les autres n’est-il pas: « Ecoutes Israël… » Voilà la disposition première de celui qui veut connaître, une disposition d’attention:

Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »(Luc 10, 38-42)

L’attention au mystère de Dieu est le point clef de notre vie. Il faut se détourner de nous-même et de nos sentiments par trop embrouillés pour se faire capacité à recevoir le don de Dieu lui-même. C’est l’expérience des disciples d’Emmaüs qui marchent, sans le reconnaître, avec le Christ ressuscité et dont le cœur se réchauffe progressivement (Luc 24, 13-35).

Le chrétien est donc celui qui se place en écoute, en contemplation et qui s’émerveille du don de Dieu: « c’est fantastique, incroyable ce que Dieu fait et qu’il puisse autant m’aimer, gratuitement ». C’est tout ce que le chrétien a à faire il n’a pas d’autre obligation comme le souligne Saint Paul: « vous n’êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce » (Rm 6.14). Celui qui pense infléchir l’amour que Dieu lui porte ou lui témoigne par ses actions n’est pas chrétien, il est juste religieux et soumis à la loi.

Est-ce à dire qu’il n’y a plus de loi? Non bien entendu, mais elle ne saurait être une obligation qui s’impose à l’homme, elle ne peut être qu’une évidence née de la connaissance même de Dieu. Tout ce que Saint Paul dit de la Loi n’est compréhensible qu’à partir de cette phrase: « j’ai été saisi par Jésus-Christ » (Ph 3.12). Voilà d’où vient l’évidence de la Loi sinon c’est une soumission en vue d’obtenir une récompense.

Se laisser saisir par la vérité plutôt que de chercher à la détenir, ouvrir notre regard aux dons innombrables de l’amour divin, s’émerveiller de la beauté, de la bonté, de l’harmonie,… Transformer l’émerveillement de l’enfant, du ravi de la crèche, en émerveillement adulte qui va au-delà de la raison et des sens. Face aux sceptiques ancrer sa foi dans la certitude que l’émerveillement n’est pas une reddition devant la complexité ou le mystère de l’univers mais une ouverture à cette complexité une attention féconde à sa transcendance. L’émerveillement vrai nous fait sortir de nous-même et converti notre rapport à autrui et aux biens du monde car il nous entraîne inexorablement vers l’adoration. Lorsque la vision du tout devient plus importante que mon petit moi, le JE se redéfini alors par rapport aux autres êtres et aux objets.

Émerveillé, je suis capacité de Dieu, partie d’un tout qui s’irrigue du don dont je deviens à mon tour dispensateur pour les autres. Il est des moments, rares, ou cette communion d’émerveillement, cette communion d’adoration produit la perception d’une réalité eschatologique déjà présente et toujours à venir: la paix du cœur,  l’immense joie de sentir la cohérence de l’univers tout entier et d’y être intimement et profondément relié par la simple vocation à devenir ce que Dieu lui même est.

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