La présidentielle 2017 et le risque insurrectionnel

Depuis quelques jours les policiers manifestent leur ras-le-bol dans plusieurs communes  de France et le mouvement semble s’amplifier agrégeant par endroits des pompiers, des policiers municipaux, des infirmières, des enseignants, des contrôleurs des transports en communs… Et si la grogne des victimes de la violence cristallisait dans un mouvement de fond loin des centrales syndicales?

Partout le même constat: l’État est incapable de faire prévaloir son autorité légitime. La violence légale dont Il peut user pour maintenir la paix et la tranquillité publique et lutter contre les atteintes à la loi a été largement minée par les gouvernements successifs qui l’ont utilisée à mauvais escient. Ils ont également abandonné la justice et accru les charges de la police et de la gendarmerie. Cet abandon a laissé place à une violence privée, jouissant d’une relative impunité, qui met en coupe-réglée de nombreux quartiers sensibles et rejaillit sur les commerces et les services publics avoisinants.

La crise politique, la crise économique, la crise identitaire et éducative, la crise morale et enfin la crise migratoire augmentent le sentiment d’insécurité des français et leur défiance vis-à-vis  de la classe politique. La montée en flèche d’une pensée populiste et souverainiste et l’accroissement du communautarisme entrainent la France vers une rupture qui ne peut être autrement que violente. Le seul frein à l’explosion de la société tient à l’espérance d’un changement radical à l’occasion de la présidentielle 2017 qui, en même temps, pourrait être l’élément déclencheur d’une véritable insurrection. Voici pourquoi l’élection de 2017 n’est pas une élection présidentielle comme les autres et pourquoi les français attendent des candidats des positions claires sur les points suivants:

  1. Le fonctionnement de la démocratie
  2. La gestion de la crise économique et la place de la France dans l’Europe
  3. La justice et la sécurité; l’Islam et la lutte anti-terroriste; l’état d’urgence et la loi renseignement
  4. L’éducation et l’instruction
  5. La France dans les relations internationales

La question que les français se posent aujourd’hui: Est-ce que les candidats à la présidentielle sont à la hauteur des enjeux?

I. Le fonctionnement de la démocratie

Le premier point sur lequel les candidats à la présidentielle doivent faire de propositions pour rassurer les français c’est sur le fonctionnement de la démocratie. Les français sont las de la faillite morale de leurs élites et du dysfonctionnement des institutions. A ce titre plusieurs questions doivent trouver des réponses et des engagements clairs de la part des candidats:

  • La moralisation de la vie politique (critères moraux pour participer à une élection, cumul des mandats, limite d’âge, transparence de la vie politique, etc)
  • La modernisation de la démocratie et de sa dimension participative (réforme des modes de scrutin, évaluation des politiques publiques, etc.)
  • La maîtrise des coûts et la transparence de fonctionnement des institutions ainsi que la suppression de celles inutiles
  1. La moralisation de la vie politique est un enjeu de l’élection, les français ne veulent plus d’élus qui se jouent des règles de droit et bénéficient d’une immunité juridique. A ce titre les candidats doivent être clairs sur les règles qu’ils entendent imposer à l’ensemble de la classe politique française. Il s’agit des modalités de candidature (casier vierge, limite d’âge, obligation de transparence patrimoniale et de transparence des dépenses liées à la fonction, règle de cumul des mandat, règles de sanction). Ces règles peuvent utilement être étendues aux nominations à des postes publics (critères de compétence pour le poste)
  2. La modernisation de la démocratie implique également la reconnaissance par les candidats des dysfonctionnements de notre système démocratique et notamment des modes de scrutins qui conduisent d’une part à refuser aux français la représentativité du peuple dans les institutions régaliennes et qui d’autre part permet à des mouvements politiques minoritaires de perturber les élections. Il faut donc réformer le mode de scrutin voici pourquoi et comment [jugement majoritaire]:

jugement majoritaire [Wikipedia]

Une autre approche qui est complémentaire de la proposition ci-dessus est celle de la démocratie liquide: Démocratie liquide [Wikipedia]

Enfin les français attendent des candidats qu’ils proposent des mécanismes afin que le peuple puisse contrôler, évaluer et éventuellement sanctionner les politiques mises en œuvre au cours du mandat. A ce titre les propositions qui seront faites sur la démocratie participative auront une attention particulière des français.

3. La maîtrise des coûts et la transparence de fonctionnement des institutions sont également au cœur des préoccupations des français. Cette attente exige des candidats des propositions de nature à restaurer la confiance dans le fonctionnement des institutions notamment celles qui vont dans le sens de la réduction des coûts: réduction du nombre des parlementaires, des collaborateurs (parlement, cabinets ministériels); réduction des administrations centrales; suppression des institutions inutiles: question de l’utilité du  sénat [JDD] [Mediapart] [Contrepoints] ou encore  du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) [La Croix].

Dans la même veine se pose la question  de l’utilité de l’École Nationale de l’Administration (ENA) et globalement de toutes les écoles publiques produisant des corps de catégorie A avec accès par concours externe; projetant des personnes inexpérimentées à des postes de direction et empêchant une vraie promotion interne d’une élite par son mérite éprouvé.

La maîtrise des coûts des institutions impliquent une transparence totale du pouvoir sur la rémunération des élus et de leurs collaborateurs ainsi que sur les avantages particuliers dont ils disposent (représentation, retraites, logement, transport, etc). Les coûts de fonctionnement des institutions régaliennes doivent être accessibles à tous les français qui pourvoient par l’impôt et les taxes à la richesse nationale. A l’exception de la défense nationale et de la lutte anti-terroriste, tout ce qui est caché est suspect!

II. La gestion de la crise économique et la place de la France dans l’Europe

Le second point d’attention des français sur les propositions des candidats concerne les réponses à la crise économique qui frappe la France ainsi qu’aux questions relatives au fonctionnement des institutions européennes et à la souveraineté des nations. Des réponses et des engagements clairs de la part des candidats sont attendus sur les points suivants:

  • L’attractivité économique et la simplification fiscale et administrative
  • La maitrise budgétaire des dépenses de l’État
  • La lutte contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale
  • La souveraineté nationale dans ses domaines régaliens face à une Europe technocratique qui décide de règles en dehors de la souveraineté des peuples (TAFTA, CETA)
  • L’équité des différents régimes sociaux
  1. L’attractivité économique et la simplification fiscale et administrative n’est pas un pléonasme tant il est avéré que la complexité administrative et fiscale nuit à la compétitivité des entreprises française (TPE/PME). Il y a un vrai sujet de justice fiscale entre le poids de l’impôt supporté par les TPE/PME/Indépendants et les multinationales qui pratiquent l’optimisation fiscale. Tuer les petites entreprises par la pression fiscales c’est remettre en cause 50% de l’emploi en France!
  2. La maîtrise budgétaire des dépenses de l’État, un état qui maîtrise sa dépense budgétaire participe à la croissance économique du pays tandis qu’un État qui crée de la dette affaiblit le pays. C’est bien évidement la question qui se pose à tous les candidats à l’élection présidentielle: « comment allez-vous résorber, pendant votre mandat, la dette publique? » Selon les derniers chiffres de l’INSEE la dette française atteignait 98,4 % du PIB à la fin du deuxième trimestre 2016. Soit 2 170,6 milliards d’euros. Un record! (3 238 € par français!)
  3. La lutte contre les paradis fiscaux et l’évasion fiscale C’est de nouveau un pléonasme, les français constatent au gré des « leaks » que ceux qui devraient participer le plus à l’effort national y échappent par des mécanismes rodés d’évasion fiscale et d’optimisation fiscale. La lutte contre  ces pratiques doit s’accentuer, la pression sur les états  qui offrent ces services doit être renforcée. Enfin les sanctions doivent être réelles et exemplaires.
  4. La souveraineté nationale dans ses domaines régaliens face à une Europe technocratique qui décide de règles en dehors de la souveraineté des peuples
    pose problème. Les français ne comprennent pas que les décisions prisent à Bruxelles et entérinées à Strasbourg s’imposent de manière unilatérale aux pays de l’union. Il y a un vide abyssal entre la décision politique et la réalité de terrain. Dans un autre domaine, celui des échanges trans-nationaux, la question de la transparence des débats fait question qu’il s’agisse du TAFTA ou du CETA. Qu’y a-t-il de si sensible dans ces accords que les peuples doivent en être exclus? La transparence dans les accords internationaux n’est pas négociable, elle est dû peuple qui doit pouvoir vérifier que ces accords ne vont pas contre son intérêt! Si ces accords ne sont pas acceptés par le peuple ils n’ont pas lieu d’être!
  5. L’équité des différents régimes sociaux. Il suffit de voir les régimes spéciaux des parlementaires pour comprendre l’injustice des régimes sociaux. Il faut, tout en tenant compte de la pénibilité des fonctions, remettre à plat les régimes sociaux des différentes catégories sociaux-professionnelles.

III. La justice et la sécurité; l’Islam et la lutte anti-terroriste; l’état d’urgence et la loi renseignement

Le troisième point sur lequel les français attendent des propositions concrètes et réalistes des candidats concerne la justice et la sécurité, l’islam et la lutte anti-terroriste. Les propositions et les engagements des candidats doivent porter sur les points suivants:

  • La question de l’indépendance de la justice
  • Le fonctionnement et les moyens de la justice et de l’administration pénitentiaire
  • Le fonctionnement et les moyens de la police et de la gendarmerie, la simplification procédurale
  • La question du terrorisme et de l’Islam
  • La question de l’état d’urgence et des lois instituant une surveillance généralisée
  1. L’indépendance de la justice est normalement et constitutionnellement garantie dans le cadre de la séparation des pouvoirs. La réalité montre que le pouvoir exerce de multiples façons des pressions sur l’appareil judiciaire, notamment dans les affaires qui impliquent les membres de la classe politique. Les français veulent une justice forte, rapide, et indépendante. Les candidats doivent donc faire des propositions qui permettent aux électeurs de mesurer la réalité de cette indépendance (un ministre de la justice nommé par la magistrature révocable par le président?)
  2. Les moyens de la justice et de l’administration pénitentiaire. La justice est certainement le parent pauvre de l’État [France Info] [Mediapart] [Les echos]. Or l’autorité de l’État dépend de sa justice. On ne peut pas vouloir restaurer l’État de droit sans doter la justice des moyens qui lui permette d’agir dans un délai raisonnable. Sur cette question les candidats montreront réellement leur engagement pour la restauration de l’autorité publique, plus que sur les moyens de la police et de la gendarmerie.
  3. La police et la gendarmerie: moyens, missions et simplification procédurale. Sous le feu permanent de l’actualité les policiers et gendarmes sont a la fois aimés et haïs de l’opinion publique. Le mouvement social qui monte témoigne des difficultés des missions de sécurité dans un pays sous état d’urgence. Les problématiques d’effectifs (moindre que la justice) sont manifestes mais elle peuvent être en partie résorbées par la suppression de tâches indues (transfèrement de détenus, présentations à magistrat, garde de détenus hospitalisés, police d’audience, etc…) et par la simplification procédurale. Aujourd’hui la grande partie du travail d’un officier de police judiciaire consiste à taper des procès verbaux. Les modifications législatives de la procédure pénale ont conduites à une inflation procédurale conséquente qui, si elle est mal faite, entraine la nullité de certains actes voir de la procédure elle-même. La justice ne peut être rendue au fond que si la forme est inattaquable. Or c’est une déviance que de ne pouvoir juger une personne au fond si la forme procédurale n’est pas exactement conforme au droit. Il y a donc un enjeu de simplification procédurale (et de dématérialisation des actes) et de limitation des formalismes pour lesquels une nullité peut être requise. La question des moyens matériels est surtout critique au niveau immobilier et dans une moindre mesure avec le parc de véhicules. Enfin est c’est propre à la police, les candidats gagneraient à mettre fin à la co-gestion Etat/syndicats en supprimant tout financement public des syndicats, en interdisant toute promotion avantageuse des secrétaires ou toute nomination dans des institutions rémunératrices (CESE, CNAS, etc). L’indépendance de l’Etat à l’égard des syndicats et réciproquement des syndicats à l’égard de l’état est la seule garantie offerte aux personnels de l’équité de traitement de leurs carrières.
  4. La question du terrorisme et de l’Islam ne saurait effacer le débat sur les autres questions de la présidentielle. Il y a bien un enjeu fort sur la question du terrorisme et sur la compatibilité de l’Islam et de la république mais il ne faut pas qu’il se limite à des incantations. Les français attendent des candidats un positionnement clair sur l’islam (pas sur l’islamisme ou l’islam politique). Ceux qui pensent que l’Islam est compatible avec les lois de la république doivent l’expliquer en s’appuyant sur les éléments de la doctrine qui plaident pour cette réalité. Dire que l’Islam est compatible avec la république sans l’expliquer n’a pas de sens. Sur la lutte anti-terroriste, les candidats doivent se positionner clairement sur les deux principales lois mises en œuvre par l’actuel gouvernement: l’état d’urgence et la loi renseignement. Ces deux lois d’exception ont un  impact sur nos libertés publiques et les candidats doivent donner leur point de vue sur ces textes (approbation, réforme, limitation…)

IV. L’éducation et l’instruction

Le quatrième point sur lequel les français attendent des propositions concrètes et réalistes des candidats concerne l’éducation et l’instruction. D’années en années nous voyons notre modèle éducatif perdre des places dans les classements internationaux, nous constatons chaque jour les faiblesses d’expression orale et écrite d’un nombre croissant de personnes. Nous attendons légitimement des candidats des propositions sur l’école, sur la formation professionnelle et sur l’adéquation entre études supérieures et le monde du travail

  • Éduquer ou instruire?
  • Les bons et les mauvais combats de l’école
  • Transmettre en phase avec la réalité du monde du travail
  1. Éduquer ou instruire? C’est peut-être une évidence pour certains, comme moi, que l’éducation relève des parents, pas de l’école. La mission de l’école est d’instruire mes enfants pas de leur donner une éducation. Il y a eu sous le gouvernement actuel une forte poussée idéologique dans l’école qui tend à opposer école et famille. Il en découle une violence certaine dont les enseignants font les frais. Les candidats à la présidentielle mériteraient à s’exprimer sur le fond de cette question.
  2. Les bons et les mauvais combats de l’école sont les corollaires des choix « éducation » ou « instruction ». L’école est un lieu neutre sur le plan éducatif, elle ne peut s’opposer à la morale éducative des parents, mais elle peut rappeler aux parents les principes éducatifs exigés par l’école (respect, politesse, etc). Lorsque l’école réaffirme les principes de la laïcité elle est dans son rôle, lorsqu’elle réaffirme l’égalité des droits et des devoirs des hommes et des femmes elle est dans son rôle. Toutefois quand l’école introduit dans l’apprentissage de l’égalité des thématiques sorties d’études de genre sujettes à caution, elle sort de son rôle. Lorsque l’école revisite l’histoire de France en faisant l’impasse d’évènements fondateurs où en  la biaisant elle n’est plus un lieu d’instruction mais un lieu de combat idéologique (exemple du traitement de l’esclavage dans les manuels scolaires). Il y a donc un enjeu pédagogique sur la neutralité de la transmission, sans faire l’impasse sur la vérité de l’information transmise. Là encore les candidats ont un devoir de précision à l’égard des parents et des enseignants.
  3. Transmettre en phase avec la réalité du monde de travail. A partir du secondaire les élèves sont invités à choisir des orientations professionnelles et nombreux sont les parents qui constatent la faiblesse du système éducatif à préparer leur progéniture au monde du travail. La majorité des bacheliers ne savent pas vers quel métier ils souhaitent s’orienter. Il y donc un problème endémique à l’éducation nationale: son refus de porosité avec le monde du travail. Nous attendons des candidats qu’ils s’expriment sur les réformes du système scolaire et notamment sur cette question de l’orientation professionnelle et de la préparation des élèves au monde du travail.

V. La France dans les relations internationales

Le dernier point que je souhaite voir examiner en détail par les candidats est celui des relations internationales qui est le domaine réservé du président de la république. Quelle sera la stratégie diplomatique de la France dans et hors d’Europe? Quelles relations avec les grandes puissances ainsi qu’avec les monarchies pétrolières? Quelle est la place de la France dans les conflits du présent? Quelle stratégie pour la défense nationale?

 

 

Personnellement c’est à la lumière de tous ces points que j’examinerai les propositions des candidats à l’exception des anciens présidents et premiers ministre qui ont perdu toute crédibilité à mes yeux.

Je remercie ceux qui ont eu le courage de lire ce long billet, laissez moi un commentaire je serai heureux de pouvoir recueillir vos avis.

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3 réflexions au sujet de « La présidentielle 2017 et le risque insurrectionnel »

  1. Loïc dallongeville

    Je viens de lire cette analyse avec beaucoup de bonheur car il est devenu si rare aujourd’hui de lire des choses sensées. .. donc merci.
    Je suis en parfait accord avec la plupart de tes positions. Je pense qu’aucun des candidats issus du système ne résoudra les problèmes qu’ils ont eux-mêmes contribuer à créer. La solution est elle dans ce qu’on qualifie d’extrême ? Je ne le pense pas. Je te propose dès lors de t’intéresser au programme présidentiel de Nicolas Dupont-Aignan et tu y trouveras probablement les pistes que tu esperes.

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      J’ai téléchargé hier le programme de NDA, je l’ai lu, il y a effectivement une différence de taille et une espérance nouvelle pour la France… J’espère que les évènements récents qui entachent le candidat LR bénéficieront à NDA, en tout cas il aura ma voix.

      Répondre
  2. Stéphane

    Vous publiez plus rarement désormais, c’est dommage mais ça vaut généralement la peine d’attendre 🙂

    Malheureusement les gens bêtes ne lisent pas autant et les gens plus intelligents semblent penser que ça autorise un certain manque d’intégrité, du coup vos idées qui pourraient être un vrai programme resteront malheureusement lettre morte 🙁

    Retour à l’introduction : crise de légitimité… Contrairement à vous (sauf si c’était une pure hypothèse) je ne crois pas à la violence des français ; trop de cadres n’ont d’expérience (formation, carrière, leadership) que derrière un bureau. Ce sera donc le pourrissement.

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