L’occidental et le salafiste quiétiste [partie 4] – Le Coran

Je poursuis l’interrogation de l’Islam, cette fois sans répondre aux textes de mon contradicteur. Je vais m’intéresser dans ce billet au Coran, qui est la source principale de l’Islam.

Le Coran est aujourd’hui un livre, mais c’était (selon la tradition musulmane) une récitation des paroles révélées par Dieu à Muhammad par l’ange Gabriel. Cette récitation était ensuite communiquée par Muhammad à ses fidèles qui mémorisaient ces paroles (versets) parfois dans des variantes différentes (mais toutes justes selon Muhammad).

Le Coran est composé de 114 chapitres, appelés sourates, qui sont classés non par ordre chronologique mais par taille des sourates (de la plus longue à la plus courte) à l’exception de la première sourate Al-Fatiha (l’ouverture) qui est la prière récitée plusieurs fois par jour par chaque Musulman. Le Coran n’est pas très long à lire (77934 mots) c’est 12,6 fois moins que la Bible (protestante) et environ 13 fois moins que la Bible catholique (qui contient 6 livres supplémentaires).

Malgré sa petite taille, le Coran est très peu lu par les musulmans eux-mêmes, à l’exception des orthodoxes (et encore je ne suis pas sûr qu’ils lisent le Coran plus que la Sunnah). Il faut dire que le Coran n’est pas un récit avec un début et une fin, c’est un « patchwork » d’histoires, d’imprécations, de normes et de considérations théologiques. Bref, lire le Coran de la première à la dernière page est un exercice fastidieux que peu de gens font. Toutefois ce travail mérite d’être fait, et même d’être fait deux fois: d’une part dans l’ordre canonique et ensuite dans l’ordre chronologique de la révélation (selon l’ordre officiel d’al Azhar)

Il faut avant de commencer toute lecture du Coran, prendre conscience de ce que le Coran dit sur lui-même, car le Coran est auto-référentiel, il est sa propre preuve et il n’y en a pas d’autre de la véracité de ce qu’il atteste sur lui-même, contrairement aux écrits hébraïques et chrétiens qui ne posent pas de dogme d’une révélation, ce sont des écrits humains ‘inspirés » mais non révélés. Il y a une vraie différence théologique entre la nature même des écrits bibliques et le Coran. Pour les musulmans le coran est « incréé », il est la parole immuable d’Allah, authentique et protégée par Lui (Allah).

Le Coran est « descendu » dans une langue claire (S26:195), l’arabe, qui est la langue parlée au paradis (rassurez-vous si vous n’êtes pas musulmans vous n’irez pas au paradis). Si la langue est claire (bien que son écrit ne l’est pas avant l’an 750, faute de voyelles), les versets qui le composent ne le sont pas tous (S3:7): « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre: il s’y trouve des versets sans équivoque, qui sont la base du Livre, et d’autres versets qui peuvent prêter à d’interprétations diverses. Les gens, donc, qui ont au cœur une inclination vers l’égarement, mettent l’accent sur les versets à équivoque, cherchant la dissension en essayant de leur trouver une interprétation, alors que nul n’en connaît l’interprétation, à part Allah. Mais ceux qui sont bien enracinés dans la science disent: «Nous y croyons: tout est de la part de notre Seigneur!» Mais, seuls les doués d’intelligence s’en rappellent. »

Et c’est sans doute le côté obscur d’un grand nombre de passages du Coran qui rebute le lecteur. L’Islam a du développer une importante exégèse théologique (100 fois plus volumineuse que le coran) pour expliquer le sens de certains versets (ex S91:1-10)!

La révélation coranique présente aussi quelques étrangetés. Selon la tradition, le coran aurait été révélé à Muhammad lors de son voyage nocturne (S17:1) à  la mosquée al-Aqsa de Jérusalem (qui n’était pas encore construite à l’époque du prophète) puis il aurait oublié le Coran qui lui aurait été de nouveau révélé au fur et à mesure, par l’ange Gabriel, pendant 23 ans… Toutefois le voyage nocturne se situerait 10 ans après le début de la révélation! Bref il semblerait que Muhammad voyage dans le temps!

La tradition islamique divise la révélation en deux époques et lieux, la période dite mecquoise où Muhammad était minoritaire face aux polythéistes de la Mecque et il en fut chassé ainsi que ses premiers compagnons, il émigre alors à Médine (Période médinoise) où se constitue la communauté en nation et où commence la dimension combattante de l’Islam. Au cours de la première période 86 sourates furent révélées les autres datent de Médine.

L’historicité de l’époque mecquoise est aujourd’hui remise en cause par de nombreux chercheurs qui s’intéressent au début de l’Islam. En effet l’existence de la Mecque est remise en cause par les recherches récentes de Patricia Crone ou de Dan Gibson. Ce dernier montre que l’orientation de la prière des première mosquées était en direction de Petra. Des chercheurs comme Robert Kerr postulent que l’écriture arabique trouve son origine en Arabie Pétrée et non en Arabie désertique (là où se trouve la Mecque) où l’écriture est très différente.

Les immenses travaux réalisés à proximité de la Ka’aba à la Mecque pour l’accueil et l’hébergement des pèlerins n’ont jamais mis en évidence l’existence d’une civilisation pré-islamique, ni même islamique avant le VIIIe ou IXe siècle. Si cela avait été le cas on en aurait entendu parlé!

Enfin on peut légitimement se demander pourquoi une peuplade irait s’installer dans un lieu où les inondations font régulièrement des morts!

Tout cela pour dire que l’histoire de la naissance de l’Islam à la Mecque pose de sérieuses questions et qu’il y a derrière l’hagiographie musulmane une toute autre histoire à découvrir.

Cette histoire commence tout juste à apparaître au début du XXIe siècle avec les recherches d’un philologue allemand, dont les travaux sont publiés sous pseudonyme (pour sa protection): Christoph Luxenberg. Il publie en 2004 sa thèse sur les origines Syro-araméennes du Coran. Le postulat de Luxenberg est que le coran contient des sources de langues externes à l’arabe et mal traduites dans le coran (de nombreux mots non arabes sont dans le coran). Il supprime donc les voyelles du texte pour revenir à sa forme initiale (avant les voyelles diacritiques) et traduit le texte non pas en arabe mais en syriaque, langue majoritairement parlée en Arabie Pétrée à cette époque et très proche de l’arabe. Et là, Bingo! certaines sourates obscures ou incompréhensibles deviennent claires! (vidéo)

Ce travail, poursuivi également par d’autres chercheurs comme le Père Edouard Marie Gallez amène à une lecture très différente du Coran et à une histoire très différente de celle de la tradition musulmane.

Si l’on résume très simplement ces travaux (Lire ce document: le grand secret de l’Islam), l’islam serait né dans les environs de Pétra, même selon certains plus au nord, en syrie près de Lattaquié, peu importe. Au départ il ne s’agit pas d’Islam, mais de juifs nazaréens (qui croient en Jésus comme prophète, non comme divinité). Ceux que l’on retrouve dans le Coran sous le vocable « Nasârâ ». Ce groupe pense que le retour du Christ ne se fera qu’après la reconstruction du temple de Jérusalem (détruit par Titus en 70).

L’un des responsables de ce groupe serait Waraqa ibn Nawfal le cousin de la première épouse du prophète Muhammad. Ce serait dans ce groupe que se forge le proto-coran (partie mecquoise)

Autour de l’an 622 (pas de date précise) ce groupe aurait émigré vers Médine à cause de l’arrivée de troupes byzantines (qui se battent contre les Perses). Là ils auraient « convertis » des peuples bédouins et commencés le projet de libération de Jérusalem. Ils conquièrent Jérusalem en 637 (5 ans après la mort de Muhammad) et commencent la construction du nouveau temple « le dôme du rocher » qui sera terminé en 691/692. Mais rien ne se passe, le christ ne revient pas! C’est alors que la nation arabe se sépare de son idéologie Judéo-nazaréenne pour se construire sa propre religion l’Islam (tout en gardant un fond des textes précédents).

L’apparition de Muhammad dans l’histoire, l’apparition du Coran dans l’histoire et l’apparition de la Mecque dans l’histoire correspondent à cette période de la fin du VIIIe siècle et début du IXe siècle, avant ils n’existent pas (sauf dans le Coran qui est 200 ans plus vieux)

Le problème de l’islam aujourd’hui est vraiment manifesté dans le refus de toute exégèse historico-critique et de toute indépendance de la recherche. Ne sont autorisées que les recherches internes au Coran (sans confrontation avec le réel historique).

Heureusement les occidentaux ont quand même accès a de nombreux matériaux de recherche qu’ils détiennent en propre et qui sont antérieurs au coran actuel, ils ont également eu accès (même si ce n’est plus le cas) aux manuscrits de Sanâa découverts en 1972 qui témoignent d’un proto coran différent du canonique actuel.

Indépendamment de tous ces éléments nous pouvons formuler un certains nombre de critiques sur le Coran canonique:

  1. Si le Coran est parole de Dieu, pourquoi certains versets sont des propos tenus par Muhammad ou par les anges?
  2. Si le Coran est une parole claire d’Allah, pourquoi de nombreux versets sont en contradiction les uns avec les autres: contradictions du Coran 1 & 2;  contradictions entre sourates mecquoises et médinoises, contradictions dans les sourates mecquoises, contradictions dans les sourates médinoises.
  3. Si le Coran est révélé dans une langue claire, pourquoi y-a-t’il autant d’erreurs grammaticales et stylistiques dans le Coran?
  4. Pourquoi le Coran est-il, dans beaucoup de ses passages, un copié/collé de textes hébraïques (Mishna, Talmud), d’apocryphes chrétiens et de légendes populaires?

Je pourrais continuer sur les erreurs scientifiques du Coran (le Soleil qui se couche dans une marre de boue), la terre plate; sur les erreurs historiques (Marie sœur de Aaron), etc…

Tout cela pour dire que le Coran n’a aucun caractère de texte divin, c’est une œuvre purement humaine et donc réformable. Il est dommage qu’embrigadés dans un système de pensée fermée les musulmans ne réalisent pas l’opportunité qu’ils auraient à faire de l’exégèse historico-critique pour enfin épurer le texte des ces prescriptions fanatiques (sataniques selon moi).

 

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7 réflexions au sujet de « L’occidental et le salafiste quiétiste [partie 4] – Le Coran »

  1. Raoul

    « Il est dommage qu’embrigadés dans un système de pensée fermée les musulmans ne réalisent pas l’opportunité qu’ils auraient à faire de l’exégèse historico-critique »

    Ne croyez-vous pas que cela serait la mort de l’Islam? Il me semble que le dogme « Coran incréé  » (si on peut le dire comme ça) est tellement imbriqué dans toutes les autres croyances de cette religion que le retirer ferait s’effondrer l’ensemble.

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    1. Poulet Bio Auteur de l’article

      C’est aussi ce que pensaient les juifs et l’Eglise lorsque l’exégèse historico-critique a montré que le Pentateuque n’était pas un livre mosaïque. La peur de l’opposition entre écriture et tradition (histoire) n’a finalement pas tué le judaïsme ni le christianisme, elle a permis au contraire de relativiser la portée des textes, notamment des lois deutérocanoniques! Je pense que l’Islam pourrait survivre à cela et devenir une religion spirituelle séparée du temporel, donc acceptant le principe de séparation entre la religion et l’état. Mais bien sûr ce n’est pas gagné car depuis un siècle l’islamisme croit de façon significative dans la population musulmane (environ 30% des musulmans en Europe sont islamistes) et l’islamisme combat avec fermeté toute lecture historico-critique.

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  2. citizenkan

    Voici la première partie qui nous familiarise davantage avec le salafisme :

    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/1.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/2.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/3.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/4.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/5.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/5-bis.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/5-4.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/02/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-4/7.html

    La deuxième partie s’attaquera aux sources scripturaires !

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  3. citizenkan

    La suite qui attaque le djihad (il y en aura probablement 4) :
    http://mizab.over-blog.com/2017/03/guerre-sainte-croisades-et-inquisitions-a-l-assaut-de-l-histoire-partie-5/1.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/03/guerre-sainte-croisades-et-inquisitions-a-l-assaut-de-l-histoire-partie-5/2.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/03/guerre-sainte-croisades-et-inquisitions-a-l-assaut-de-l-histoire-partie-5/3.html
    http://mizab.over-blog.com/2017/03/guerre-sainte-croisades-et-inquisitions-a-l-assaut-de-l-histoire-partie-5/4.html

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  4. citizenkan

    La suite du djihad, ensuite il y aura une digression avec l’historicité de La Mecque avant de reprendre le fil :
    http://mizab.over-blog.com/2017/03/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-6/1.html

    http://mizab.over-blog.com/2017/03/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-6/1-bis.html

    http://mizab.over-blog.com/2017/03/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-6/2.html

    http://mizab.over-blog.com/2017/03/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-6/3.html

    http://mizab.over-blog.com/2017/03/dialogue-entre-un-quietiste-et-un-chretien-flic-partie-6/4.html

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