Des politiques de sécurité intérieure

Lundi 13 mai, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, dressera en compagnie du ministre de la justice, Christiane Taubira, un premier bilan des zones de sécurité prioritaires.

C’est un fait, chaque ministre veut marquer de son empreinte son passage gouvernemental par une politique énergique et volontariste et son cabinet œuvrera à trouver les éléments de langage qui justifient, par rapport aux politiques précédemment mises en œuvre, toute la pertinence de celle-ci. Le drame du politique c’est qu’il a besoin d’un « retour sur investissement » rapide. L’œuvre politique doit donner des fruits à court terme. Dans le domaine de la sécurité intérieure, les acteurs de terrain vous le diront, les politiques de sécurité se succèdent et se ressemblent, au moins dans leurs intentions: faire baisser la délinquance.

« Je veux des résultats : sur les violences contre les personnes, contre les femmes, sur les cambriolages, sur les trafics de drogue, sur les règlements de compte, sur la cybercriminalité. Des résultats : voilà le cap ! » (M.VALLS, conférence de presse du 18 janvier 2013)

En consultant un résumé chronologique des politiques de sécurité intérieure comme ICI on ne peut qu’être saisi de ce volontarisme pétri de certitudes. Toutefois, malgré tous les efforts déployés depuis les prémices de l’histoire de France jusqu’à nos jours, la délinquance continue d’exister. Elle s’adapte même très bien à toutes les politiques de sécurité. N’y voyez aucune malice, juste un constat pragmatique. Ne pensez pas non plus que ces politiques soient inutiles, à défaut d’endiguer la délinquance elles font évoluer la police. Pierre Joxe, par exemple, a donné un vrai élan de modernisation à la police. Il est donc tenu pour acquis que la police et la gendarmerie ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui sans ces politiques de sécurité.

Il y a un décalage entre l’intention politique, la lutte contre la délinquance, et l’effet qu’elle produit, la transformation de l’institution policière et son adaptation à la réalité de la délinquance, souvent avec un temps de retard. Pour remettre cela en perspective il faut réaliser que le cœur du métier de la police n’est pas la réduction de la délinquance. La police n’intervient pas ou presque pas dans le seul domaine qui permet efficacement de réduire la délinquance: l’éducation et la prévention. La police constate la délinquance, elle intervient à posteriori lorsque les faits de délinquance sont commis ou en train de l’être, elle ne joue donc pas un grand rôle dans la régulation de la délinquance. Lorsque la police a connaissance qu’une infraction va être commise elle ne l’empêche pas, sauf à ce que la vie de personnes soit menacée (terrorisme), elle met en place un dispositif de surveillance et d’interpellation des auteurs une fois l’infraction débutée. Tout au plus peut-on considérer le caractère dissuasif de la police pour une frange de la population éduquée au respect de la loi et consciente que le contrat social qui préside à la vie ensemble en découle. On peut aussi se réjouir des quelques interventions en milieu scolaire réalisées par des policiers formateurs qui participent à cette éducation, mais ce n’est pas la police qui réduira la délinquance.

Le seul moyen de lutter efficacement et durablement la délinquance c’est l’éducation et la prévention. C’est donc la famille, l’école et la société qui, par une œuvre modélisante et édifiante pour l’homme, pour tous les hommes, créent les conditions de renoncement à la commission d’infraction. Voilà l’enjeu, une société soudée autour de la famille et qui porte une identité culturelle, historique et des règles, dans lesquelles chaque individu se reconnait et participe en conscience et en exemple à l’édification de la jeune génération.

Le point de départ de la lutte contre la délinquance c’est la famille, c’est le premier lieu d’éducation et de formation. Une famille unie et heureuse est un rempart puisant contre la délinquance. La famille est la cellule de base de la société, le lieu de l’éducation dans l’amour et le pardon. La plupart des délinquants ont des histoires familiales blessées. Investir dans la famille, c’est donc investir dans la sécurité: voilà une démarche politique innovante. Comment aider les familles en difficultés, comment accompagner les parents dans leur responsabilité sans la leur soustraire? Dans une société focalisée sur l’individu et son bien-être, la famille souffre, elle explose. La famille c’est le contraire de l’individualisme, c’est l’attention constante à celui qui à un instant donné est le plus en souffrance, c’est le partage des biens, des ressources, de la joie et des peines. La famille c’est encore une justice fraternelle qui sait pardonner et relever.

Seule une politique qui met la famille au centre de ses préoccupations peut prétendre lutter contre l’insécurité. En fragilisant la famille, en déconstruisant les repères symboliques de la civilisation, on fragilise toute la société. Un individu ne se construit pas sans repère, sans altérité. La plupart des adultes peuvent être de bons éducateurs, mais un père ne peut pas être une mère et inversement. Quand le couple explose, l’enfant est fragilisé, il perd en partie la digue qui le protégeait de l’injustice, de la violence et de la délinquance. Une société qui ne cherche pas à réconcilier les couples et qui, au contraire, facilite le renoncement de l’engagement de l’un envers l’autre crée de la précarité et rend l’enfant plus perméable à la violence et à la délinquance.

Le second lieu d’éducation et de prévention c’est l’école, lieu de confrontation à l’altérité, lieu d’apprentissage de la différence et du respect. L’école ne peut souffrir qu’on y permette la violence psychologique ou physique, pourtant elle aujourd’hui l’un des lieux où elle s’exerce ordinairement. La violence des enfants entre eux, celle des enfants sur les adultes et celle des parents sur les enseignants y sont plus que courante. Il y a eu dans les dernières décennies une forte évolution des faits de violence scolaire et une renonciation idéologique à l’autorité de l’adulte sur l’enfant. Les enseignants ne réagissent plus directement à la violence, ils délèguent cela au principal, au proviseur, aux équipes mobiles de sécurité ou à la police. Que vaut la parole d’un adulte face à un enfant qui se rebelle s’il ne peut plus sanctionner l’interdit. La responsabilité éducative implique la capacité de sanction et le soutien inconditionnel de toute la communauté éducative, parents compris.

En contre partie la communauté éducative doit respecter l’enfant et sa famille en n’opposant pas la culture familiale avec un enseignement idéologique voire dogmatique. La laïcité est le respect de toutes les croyances, le laïcisme est en soi une forme de religion. Le laïcisme n’a pas sa place dans l’éducation, pourtant certaines idéologies et les théories qui les sous-tendent transpirent dans les enseignements mettant l’enfant en porte à faux entre son école et ses parents. Les questions qui touchent à l’intime de l’homme: spiritualité, éthique, affectivité, sexualité, … doivent conduire l’état et la communauté éducative à une grande prudence et à un strict respect de la laïcité. C’est dans ces conditions que l’enfant reconnaitra en confiance l’autorité de l’adulte éducateur, et qu’il se pliera aux exigences du cadre éducatif qui lui est proposé.

Je terminerai par la nécessaire exemplarité que chaque adulte doit exercer auprès des enfants, dans la mesure de ses propos, dans la justesse de ses actes. Une société qui veut lutter contre la délinquance doit offrir à sa jeunesse l’exemple d’un monde adulte cohérent avec son enseignement. Inutile d’en dire plus, chacun comprend à quoi je fais référence.

Voilà le décalage que je perçois entre les enjeux affichés des politiques de sécurité et l’effet réel qu’elles produisent. Je ne doute pas que le ministre de l’intérieur et celui de la justice trouveront lundi les mots, les exemples et les chiffres qui confirmeront la justesse de leurs actions, il traceront même sans doute des perspectives encourageantes pour l’avenir, comme le firent avant eux leurs prédécesseurs.

 

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